La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien régime, et Louis XVIII se vit obligé lui-même de la dissoudre. Il s'efforçait de réconcilier les classes divisées par une révolution si profonde: il comprenait que la royauté devait se rattacher la société nouvelle et non la combattre. L'assassinat du duc de Berry (13 février 1820), neveu du roi et alors dernier héritier du trône, rejeta le gouvernement dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs recommencèrent et provoquèrent des conspirations qui amenèrent de nouveaux supplices.
Afin de regagner l'armée et pour défendre au dehors comme au dedans le principe de l'autorité royale, le gouvernement entreprit l'expédition d'Espagne pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII, qui avait été renversé par son peuple et se trouvait dans une situation analogue à celle où s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, commandée par les maréchaux et les généraux expérimentés de l'Empire, pacifia rapidement toute l'Espagne.
L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à traverser les temps les plus difficiles, acheva paisiblement son règne.
Charles X (1824-1830).—Son frère Charles lui succéda. Charles X avait alors soixante-sept ans: le duc de Bordeaux était son petit-fils, et tout semblait l'inviter à continuer, après les secousses violentes des trente dernières années, la politique de Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en 1789, avait donné le signal de l'émigration, et il disait en parlant de La Fayette, un des principaux chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette et moi qui n'ayons pas changé depuis 1789.» Un moment il céda à l'opinion en prenant des ministres modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en 1830 pour déchirer la Charte consentie par Louis XVIII.
Une révolution éclata et une bataille de trois jours s'engagea dans les rues de Paris, 26, 27 et 28 juillet 1830. Charles X abdiqua en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier et nouvel exil. Les Chambres donnèrent la couronne à Louis-Philippe d'Orléans. La France reprit le drapeau tricolore.
Règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848).—Le nouveau roi, Louis-Philippe Ier, rassurait par sa politique libérale la société, qui ne craignait plus de retour en arrière. Mais les partis ne désarmaient point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections ensanglantèrent les rues de Paris et de Lyon. Des attentats sans cesse répétés contre la vie du roi perpétuaient l'inquiétude.
Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher de toutes les agitations: il maintenait au dehors la paix de l'Europe, mais on lui reprochait d'acheter cette paix par de trop grandes concessions. L'industrie et le commerce, qui, depuis le commencement du siècle, avaient pris un essor rapide, avaient accru l'importance de la population ouvrière, dont le gouvernement ne se préoccupait pas assez. Deux maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, M. Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse le pouvoir, et leur rivalité fut le grand événement d'un règne où les luttes de la tribune tinrent la place principale. Tandis que les amis mêmes de la royauté réclamaient de justes réformes, ses ennemis se préparaient à profiter de ces divisions. Une émeute commencée aux cris de Vive la réforme! devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution d'où sortit pour la seconde fois la République. Louis-Philippe n'essaya même pas de lutter; comme Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils le comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir en Angleterre, où il mourut deux ans après.
Conquête de l'Algérie.—La plus grande œuvre et le plus beau résultat du règne de Louis-Philippe, ce fut la conquête de l'Algérie. La colonie s'est développée, et la France possède ainsi sur la côte d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte trois millions d'habitants.
République de 1848: le suffrage universel.—La révolution de février 1848 assurait le triomphe de la République. Le gouvernement provisoire, qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout de suite marquer la portée de la nouvelle révolution par des mesures libérales. Il abolit la peine de mort en matière politique et, dès le 2 mars, proclama le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama également l'abolition de l'esclavage dans les colonies.
La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un Président élu pour quatre ans et à une Assemblée législative. L'Assemblée et le Président devaient être nommés par le suffrage universel. Cinq millions de suffrages désignèrent pour la présidence le prince Louis-Napoléon, dont le nom entraîna les populations des campagnes. Deux fois déjà, sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer du pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu président de la République, il s'appliqua à préparer son avènement à l'Empire.