Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens partis monarchiques, et commença une véritable réaction contre les doctrines républicaines. Mais bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient point l'accepter pour souverain. Afin de se faire réélire, il demanda la revision de la Constitution, mais tous les partis se réunirent contre lui et repoussèrent la revision de la Constitution. Alors le Président songea à recourir à la force.

Coup d'État du 2 décembre 1851.—Le 2 décembre 1851, il fit arrêter les députés les plus influents du parti républicain et des partis monarchiques, occuper Paris militairement, fermer la salle des séances de l'Assemblée. Il détruisait lui-même la Constitution, qu'il avait fait serment et qu'il avait pour mission de maintenir. La résistance qui s'organisa à Paris, échoua devant l'attitude des troupes dont le Président s'était assuré le concours. Des transportations sans jugement éloignèrent les ennemis du nouvel ordre de choses. Sept millions et demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent à Louis-Napoléon la présidence pour dix ans.

Louis-Napoléon se hâta alors de publier une Constitution (14 janvier 1852). L'autorité effective, la pleine puissance était concentrée entre les mains du Président. Le pouvoir législatif était exercé par le Corps législatif et le Sénat. Louis-Napoléon se fit enfin, après un nouveau plébiscite,[14] proclamer empereur des Français (2 décembre 1852).

La guerre d'Orient.—Bien qu'il eût prononcé, pour rassurer l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, c'est la paix,» Napoléon III ne craignit pas d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le tsar de Russie, Nicolas, avait envahi les provinces du Danube, le 3 juillet 1853. Napoléon III s'allia alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux projets ambitieux du tsar.

Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. Une armée française fut transportée en Turquie, où les troupes anglaises la rejoignirent. Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à la poursuite des armées russes au delà du Danube, se décidèrent à attaquer Sébastopol, son principal arsenal, menace perpétuelle pour Constantinople. Le 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua en Crimée. Les Russes, retranchés derrière le petit fleuve de l'Alma, sur des hauteurs hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans la mer. Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, les hauteurs furent escaladées, les Russes tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive et brillante (20 septembre 1854).

La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, dont le siège commença (octobre 1854) sous les ordres du général Canrobert, puis du général Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un terrain rempli de rochers; les armées opéraient à cinq cents lieues de leur pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions, livrés à la merci des vents impétueux qui soufflent dans la mer Noire.

Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les tranchées les souffrances étaient affreuses, et il fallait travailler, combattre. Au mois de mars 1855 l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent le siège avec une nouvelle vigueur.

Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, qui était devenue, grâce aux travaux des Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée le 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait sur les bastions voisins. Malgré un feu épouvantable et plusieurs retours offensifs, la division du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de la tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le grand résultat était obtenu: Malakoff pris, Sébastopol tombait au pouvoir des Français.

Ce magnifique succès termina la guerre. Un congrès se réunit à Paris; la paix fut signée le 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de longues années de travail et d'énormes dépenses.

Guerre d'Italie (1859).—Après la Russie, Napoléon voulait abaisser l'Autriche et délivrer l'Italie, dont le nord appartenait depuis 1815 aux Autrichiens. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, et surtout son ministre, le comte de Cavour, entraînèrent Napoléon à cette guerre, qui fut populaire et brillante.