O. V. DE L.-MILOSZ
ARS MAGNA
ÉDITIONS ALICE SAUERWEIN
Dépositaire général
LES PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE
49, boulevard Saint-Michel, 49
PARIS 1924
A
RENAISSANCE
AVERTISSEMENT
L’« Épître à Storge », la première partie d’Ars Magna, a été composée en 1916 et publiée en janvier 1917 dans la Revue de Hollande.
L’auteur ne connaissait à cette époque ni les théories de M. A. Einstein, ni même le nom du grand mathématicien. Cependant, par une coïncidence assez troublante pour mériter l’attention des hommes de science, l’Épître, fruit de méditations essentiellement métaphysiques sur le mouvement, renferme toutes les conclusions d’ordre général tirées de la théorie einsteinienne par ses commentateurs, l’espace, identifié avec la matière, y étant représenté comme un solide, le temps comme une quatrième dimension, et l’Univers comme un corps illimité mais fini, dont les éléments ne se laissent situer que dans la relation qui les lie les uns aux autres.
Dans les quatre poèmes suivants, « Memoria », « Nombres », « Turba Magna » et « Lumen », l’auteur développe sa thèse du point de vue de la biologie et de la mystique, en la rattachant aux doctrines hermétiques ainsi qu’à la philosophie pythagoricienne.
I
ÉPITRE A STORGE
Certain jour d’été de l’année mil neuf cent seize, comme j’étais étendu, à quelque distance de vous, Storge Androgyne, sur le rivage éblouissant d’une mer moins vaste, moins perfide et moins multiforme que ma douleur, soudain, et tout au fond de moi, j’entendis votre voix qui m’interrogeait : mais qu’est-ce donc, enfin, que tout cela ? mais que nous veut donc tout ceci ? — Alors je tombai dans une méditation profonde, et des vérités me furent révélées, et le sens intérieur de mainte vision ancienne s’offrit sans voile à l’omniscience de mon amour.