Le parlement le fit arrêter et le condamna à être envoyé aux Petites maisons pour le reste de ses jours; jugement aussi équitable que profondément sage, auquel Morin aurait bien fait de se tenir.
Il y échappa par une abjuration; mais, convaincu d'un prétendu second règne du fils de l'homme, il composa, en 1661, un écrit intitulé Témoignage du second avènement du fils de l'homme, où il assurait que ce n'était autre que lui-même.[9]
[9] Au catalogue de Nodier de 1829, No 66, on fait mention d'un ouvrage ayant pour titre: Avertissement véritable et assuré au nom de Dieu, 1827, in 32o dans lequel un autre illuminé se dit aussi Le fils de l'homme, et promet de ressusciter au bout de trois jours, après s'être fait jeter dans l'eau à Marseille, attaché avec des chaînes de fer, à une grosse pierre. Ce livre est un exemplaire unique, sur papier de chine.
Conduit au Châtelet, on lui fit son procès où l'on voit qu'en commençant par l'esprit avec les filles et les femmes qu'il séduisait, il allait ensuite beaucoup plus loin.
Il fut condamné en 1662, à être brûlé vif, avec ses livres, et ses cendres jetées au vent.
Le Président de Lamoignon lui ayant demandé s'il était écrit quelque part que le nouveau Messie passerait par le feu, Morin répondit qu'oui, et que c'était de lui que le Prophète a voulu parler au verset 4 du XVIe Pseaume où il est dit: “igne me examinasti, et non est inventa in me iniquitas.”
Il avait promit de ressusciter le troisième jour, et une multitude de sots s'assemblèrent, pour voir ce miracle, à l'endroit où il fut brûlé.
Morin, dit quelque part Michelet, est un homme du moyen âge, égaré dans le 17me siècle. Ses Pensées contiennent beaucoup de choses originales et éloquentes; il s'y trouve entr'autre, ce beau vers:—
“Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.”
François Dosche se rendit parfaitement digne d'être l'un des adhérents de Morin, par le désordre de ses idées et l'extravagance de son style. Le titre suivant d'un de ses opuscules suffit pour juger et de l'un et de l'autre:—