Il est probable que Peignot en parle sans l'avoir lu, puisqu'il avance, dans son dictionnaire des livres condamnés au feu, qu'on connait peu d'ouvrages aussi licencieux. Ceci est plus qu'une exagération, si ce mot est pris dans l'acception commune, et nous ne lui en connaissons point d'autre.

Il ne serait pas difficile de citer un bon nombre d'autres écrivains, dont la théologie renversa la raison, antérieurement à notre siècle, mais ceux que nous avons cités suffiront pour cette première section, que nous terminerons par un exemple ou deux pris dans notre époque.

On a de la peine à se persuader, en lisant les pamphlets de J. A. Soubira, qu'il appartienne au 19me siècle. Ce fou fanatique s'intitulait: Apôtre d'Israel, Messie de l'univers, Poète d'Israel, Lion de Jacob, &c. &c.

Les titres seuls de ses nombreuses publications que donnent La France Littéraire et La Littérature Française Contemporaine, sont une preuve suffisante de la folie de ce malheureux, par leur incroyable extravagance. En voici quelques échantillons: Le second Messie, à Tout l'univers (1818, in 8o); Avis à toutes les puissances de la terre (1822, in 8o); La fin du monde prédite par Soubira, son époque fixe, celle de la venue du Messie d'Israel, et du premier jour de l'âge d'or, ou du nouveau Paradis Terrestre (in 8o); Le Juif errant à ses banquiers, in 8o de deux pages; Le Messie va paraître, in 8o de 4 pages; A tous les habitans du globe terrestre, in 8o de 4 pages; Gog et Magog, in 8o de 4 pages; L'Eternité du globe terrestre, in 8o de 4 pages, &c. &c.; “666” (1824, in 8o). Soubira avait trouvé une puissance extraordinaire dans ce nombre. Il publia en 1828, in 8o un autre pamphlet avec ce seul titre: “666.[10]

[10] Par une coincidence assez singulière, on réimprima en Angleterre, en la même année et à la même époque, les idées saugrenues d'un nommé Francis Potter, sous le titre de: “An interpretation of the Number 666, wherein is shown that this number is an exquisite and perfect character, truly, exactly, and essentially describing that state of government to which all other notes of Antichrist do agree.”

L'auteur consacre 29 chapitres à prouver sa thèse, et commence le dernier en disant: “All objections are answered, and all difficulties cleared, even to such who have no knowledge in arithmetic.” Nous croyons le livre assez rare.

Le premier de ces deux opuscules se compose de neuf quatrains, précédés de plus de deux cents pages de prose, où l'auteur donne une clef de son alphabet numérique; le second a dix huit couplets ou stances de cinq vers; le nombre 666 est mis à la fin de chaque vers de chaque couplet. Voici le premier couplet, et tous sont de la même absurdité:—

Les banquiers de la France666
Des organistes de la foi666
Et des concerts de la cadence666
Vont accomplir la loi666
Et contreminer l'alliance666.”

Peut-être qu'un jour tous ces pamphlets seront aussi difficiles à trouver réunis, que les écrits de Bluet d'Arbères, avec lequel Soubira a une certaine ressemblance.

En 1840, un respectable négociant de Mennetout sur Cher, nommé Cheneau, persuadé qu'il avait une mission divine de réformer toutes les religions, se mit à publier des pamphlets fort bizarres.