Ici du moins le raisonnement joue encore un certain rôle, mais le dérangement du cerveau est bien plus complet dans Guillaume Dubois, sur lequel Pluquet, dans ses curiosités littéraires et Mr Edouard Frère, dans son Manuel du Bibliographe Normand, nous donnent des renseignements. Ce Dubois publia à Paris en 1606, in 12o un ouvrage à peine intelligible intitulé: “Les œuvres de Guillaume Dubois, natif de la paroisse de Pulot en Bessin, et ouvrier du métier de maçon, maistre tailleur de pierre à la ville de Caen, où il lui a été donné le don d'écrire en poésie françoise, par un ordre alphabétique, pour opposer au fantastique, comme on pourra voir en ce petit livre.” Six pièces singulières et rares sont réunies sous ce titre.
Shakespeare a dit que l'aliéné, l'amoureux et le poète
Are of imagination all compact.
C'est en Angleterre que nous trouvons la preuve vivante de cette expression poétique du dramatiste anglais, dans la personne de Nathaniel Lee, né à la fin du dix-septième siècle.
Les compositions de Lee ont été louées par Addison. Ses vers sur la passion de l'amour prouvent qu'il la comprenait comme un esprit dérangé, et ses actes nous le montrent dans un si constant état de folie, qu'un soir qu'il composait un de ses drames dans sa cellule à Bedlam, un nuage venant à passer sur la lune qui l'éclairait pour écrire, il s'écria soudain: Jupiter, mouche la lune! Jove, snuff the moon!
Dryden, dans une lettre à Dennis, raconte que Lee répondit à un mauvais poète qui lui disait qu'il était facile d'écrire comme un fou: comme un sot, oui, mais comme un fou, non, It is very difficult to write like a madman, but it is very easy to write like a fool.
Il composa treize tragédies. Lorsqu'on dut l'enfermer, jeune encore, à Bedlam, il continua à écrire dans un style des plus ampoulés, mais on rencontre assez souvent dans ses écrits des passages qui témoignent d'une imagination puissante. Malgré ces éclairs de génie, on ne peut s'empêcher en le lisant, de sourire à la description de ses caractères impossibles, de ses sentiments extravagants, et de ses héros en dehors de toute vérité. Il mourut à 34 ans.
Si nous avons assez généralement l'idée qu'il y a de certains rapports entre la folie et les élucubrations des poètes, nous ne nous figurons guère l'auteur d'un livre d'érudition, devenir fou par amour.
Ce fut le sort d'Alexandre Cruden qui perdit la raison à la suite d'une passion malheureuse pour la fille d'un ecclésiastique de la ville d'Aberdeen en Ecosse.
Il n'avait guère que vingt ans, et ne recouvra jamais complètement l'esprit. Nous donnons dans ce volume sa Biographie détaillée.