De terminer la vie que je n'ai pu m'ôter!

Ami, qui m'empêchas, viens donc me consoler!

Ce dernier vers semble émaner d'un vrai sentiment poétique.

Un des plus féconds romanciers de l'Allemagne, Johan Carl Wezel, né en 1747, tomba à 39 ans dans un état complet d'aberration mentale après une vie laborieuse. D'abord il eut l'idée de fonder une maison de banque, pour laquelle il fabriquerait lui-même les billets. Il fuyait toute société, laissa croître ses cheveux et ses ongles, et malgré les soins du docteur Hahnemann, sa folie devint chronique. Il passa le reste de ses jours à Sondershausen, lieu de sa naissance, jusqu'en 1819, époque de sa mort.

De temps à autre quelques éclairs de raison se laissaient appercevoir, mais toute idée poëtique l'avait abandonné, et en écrivant il se croyait être dieu. On lui permit même d'imprimer quelques unes de ses élucubrations sous le titre de Opera Dei Wezelii W. S. des Gottes.

On a fait en Amérique une attention particulière aux phénomènes intellectuels que présente la folie. Dans plusieurs des journaux de ce pays ont paru, de temps à autre, des articles intéressants sur cette matière. Les bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer, ne nous permettent pas d'entrer dans des détails qui seuls rempliraient un volume, mais nous citerons l'histoire d'un nommé Milman, qui naguère excita singulièrement l'attention dans l'état de Pensylvanie, et fut répétée par un grand nombre de journaux. Milman était un avocat d'une fortune indépendante. Le jour où allait se célébrer son mariage, et tandis que la fiancée se parait pour aller à l'autel, un violent orage éclata, et elle fut frappée par la foudre, au milieu de son appartement.

La nouvelle de ce malheur fut portée, avec tous les ménagements possibles, à l'infortuné Milman, dont l'imagination éprouva néanmoins une telle commotion, qu'il tomba évanoui. Lorsqu'il revint à lui, il éclata d'un rire insensé, et l'on vit bientôt, qu'il avait complètement perdu la raison.

Comme sa démence lui laissait de longs intervalles d'apparente tranquillité, on espéra le guérir, mais son esprit resta égaré jusqu'à sa mort, et l'on fut obligé de l'enfermer dans une maison de sûreté. Ses parens étaient riches, et sa folie, d'une nature assez paisible pour permettre que de temps à autre on lui fît faire des excursions à la campagne, pour sa santé: on le menait quelquefois pour deux ou trois jours de suite, sur les bords pittoresque de l'Hudson. De là il écrivait des lettres à ses amis, dans ses moments lucides; mais jamais on ne pouvait le laisser seul trois heures de suite, sans craindre de le voir retomber dans un accès de démence, ou dans un état de prostration stupide. Voici deux morceaux écrits durant ces intervalles,[15] l'un est la description des dispositions où il faut être, pour jouir du loisir de la campagne, l'autre la description d'un cheval échappé, que l'on finit par reprendre.

[15] Réunis, avec beaucoup d'autres dans: Records of Pennsylvania; Philadelphia, 1802, et réimprimés dans un des journaux de cette ville, en 1840.

“Nobody has any business to expect satisfaction in a pure country life for two months, unless they have a decided genius for leisure. If a man expects to live in a country, of course he must have something to do, and do it all the while. But to gather up yourself, and sit down in a plain country house, without bears and lions about it, without anything to do, but to rest, with no marvels or phenomena, but only the good, real, common country;—if you mean to be happy in this, I repeat you should have the element of leisure very full and powerful within you. You cannot be happy if you are in a hurry. You must not be in a hurry to get up or sit down; you must not be in a hurry to get up in the morning, or to retire at night; you must regard it quite the same whether you look at a tree ten minutes or thirty; if you walk out, never must you look at your watch; go till your return; if you sit down upon a breezy fence or wall, it should be a matter of indifference to you, whether it be four o'clock, or five, or six. There can be no greater impertinence than to say, ‘It is time to go!’ There is no such thing as time to a man in a summer vacation.