Probablement que le lecteur croira que tout ceci n'est qu'une plaisanterie; mais non seulement M. Gagne est très sérieux, en expliquant son œuvre, mais il déclare en outre, dans sa préface, que le vaste sujet de ce poème humanitaire et Chrétien, doit former la poëtique universelle de l'humanité, et l'école de la vérité, et il s'écrie, plein d'enthousiasme:—
Telle est, telle est la Sainte et nouvelle épopée
Que de mon pur amour l'âme a développée!
Ensuite Mme Elise Gagne, sa femme, ajoute un épilogue, où elle proclame qu'après les réformes indiquées dans le poème:—
L'abondance parvint à chasser la misère,
Et le bonheur des cieux habita sur la terre.
L'ensemble prouve, en un mot, que M. Gagne a employé toutes les ressources de son intelligence pour écrire ce chef-d'œuvre, et si le lecteur est tenté de rire, c'est qu'il ne comprend pas l'extrême profondeur de la pensée qui enfanta ce poème.
N'est-ce pas bien le cas de dire, avec le sieur de Longval—“Lorsque ceste Meduse (la manie) s'est une fois glissée dans le cerveau, elle sçait si bien offusquer l'imagination, pervertir les pensées, transporter l'esprit, et corrompre la raison, que par son moyen les actions et les paroles des hommes se tournent en extravagances.”