Toujours résolu à être de fait ou de droit le correcteur de la moralité publique, il parcourait les rues, une éponge dans sa poche, et effaçait sur les murs les inscriptions qui lui paraissaient n'être pas conformes à l'honnêteté, ou il arrachait les affiches.

En 1769 il fit une excursion dans sa ville natale, et en sa qualité de correcteur du peuple, y fit des lectures publiques en Latin et en Anglais, sur la nécessité d'une réforme générale des mœurs. Il distribuait des pamphlets sur le même sujet à tous ceux qui voulaient les lire.

Il mourut d'une façon aussi extraordinaire qu'il avait vécu. Un matin, la femme qui le soignait dans son modeste logis à Islington, le trouva dans le privé, mort et agenouillé dans l'attitude de la prière.

Parmi les nombreux pamphlets que Cruden publia, un des plus curieux est: The adventures of Alexander the Corrector, in 8o, Londres, 1754.

Il y a une naïveté dans les détails, et une conviction si profonde de la mission qu'il est appelé à remplir, qu'on ne peut s'empêcher d'être convaincu que le malheureux ne recouvra jamais l'usage complet de sa raison. Cette brochure, ainsi que toutes les autres, du même auteur, est assez rare, et il serait fort difficile de les réunir toutes.

SIR THOMAS AMES GEVAEFT.

On vit paraître en Belgique, en 1839, un volume des œuvres d'un écrivain dont le nom inscrit au titre, paraît être un pseudonyme, mais dont les idées, quel qu'il fût, avaient un cachet évident de folie. Nous croyons ce volume très peu connu, et comme il rentre tout-à-fait dans notre cadre, nous en donnerons une courte analyse.

L'auteur commence par une préface où il adresse au peuple Belge un avis sur les droits d'auteur. “Plusieurs des principaux articles de votre belle constitution sont sortis de ma plume, dit-il, et quoique jusqu'ici, je n'aie reçu de récompense des éminents services que j'ai rendus à la cause des Belges, malgré tous les titres que j'ai fait valoir au gouvernement, je ne puis contempler mon ouvrage sans ressentir ce noble sentiment d'orgueil, connu seulement aux hommes savants et vertueux.”

“L'impression de mes beaux poèmes, tous dédiés à des têtes couronnées, et dont le manuscrit est déposé, est le prélude de celle de mes œuvres complettes, et ce, en ma triple qualité d'historien, de Jurisconsulte et de poète Anglo-Français.”

Ces beaux poèmes sont d'abord des méditations sur le tombeau de Saint Louis, dédiées Au Saint Père Grégoire XVI, Pontife Suprême; puis vient La Création, Poème dédié à sa Majesté Louise, Reine des Belges; en troisième lieu: Le dernier Jugement, dédié à sa Majesté Louis Philippe I, Roi des Français. Le quatrième poème, écrit en Anglais est intitulé: The Shipwreck, et dédié à sa Majesté Léopold I, Roi des Belges.