Page 190.
Fin de la Première Section.
Au nombre des auteurs qui ont fait mention de suppositions d'auteur, aucun, à notre connaissance, n'a parlé de l'ouvrage du savant Père Ménestrier, intitulé "Bibliothèque Curieuse et Instructive de divers ouvrages anciens et modernes, de Littérature et des Arts." (2 vol. in 12º, à Trévoux, 1706.)
Il renferme pourtant un chapitre sur notre sujet, et comme c'est un ouvrage peu connu, en voici un extrait:
"Il y a des livres supposés qui n'ont jamais été, ou attribués à d'autres qu'à leurs véritables auteurs. Ainsi au bout des ouvrages de Saint Augustin, on ajoute divers ouvrages qui lui ont été faussement attribués. On a fait la même chose à la fin des ouvrages de Saint Ambroise et d'autres Pères, ce qui est arrivé par l'inadvertance des copistes, avant l'invention de l'imprimerie.
"Les anciens moines assemblaient pour leur usage, en un corps, divers traités et ouvrages, sans distinguer les auteurs, ce que les savants s'efforcent de faire aujourd'hui, par la différence des styles, et d'après divers anachronismes et citations," etc.
Page 195.
Voiture (Note 1).
Cette anecdote sur Voiture, est loin d'être un fait singulier dans l'histoire littéraire. Il n'est pas extraordinaire qu'une chose nous demeure dans l'esprit, et que l'auteur de cette chose s'efface de notre mémoire. Ménage dans son "Anti-Baillet" rapporte que Racan lui avait souvent raconté qu'étant en garnison à Calais en 1608, à l'âge de 19 ans, il composa quelques vers sur la crainte de la mort. Quelque temps après, se trouvant à Paris, il récita ces vers à un de ses amis qui lui dit qu'il ne donnait point dans ce panneau, et que ces vers étaient pris dans "Les tablettes de la vie et de la mort," par le poète Mathieu. Or Racan jure qu'il n'avait jamais vu ce livre.
Ménage ajoute qu'il avait aussi ouï dire à Corneille qu'il avait écrit ces deux vers célèbres de son Polyeucte:—