Cet auteur publia à Londres, sous le règne de Henri VIII., un ouvrage qu'il prétendit avoir traduit sur un manuscrit grec d'Encolpius, auquel Alexandre Sévère était fort attaché, et qui est connu pour avoir publié la vie de cet empereur.
Elyot avançait qu'un gentilhomme napolitain, nommé Puderico, lui avait prêté l'original. Le public fut trompé pendant quelque temps; mais Wotton, dans son Histoire Romaine, fit voir sans réplique, que ce n'était là qu'une supposition d'auteur.
Revenons à l'Espagne, où l'époque dont nous parlons pourrait être désignée comme l'âge d'or des supercheries littéraires. Au nombre des plus remarquables, on trouve l'histoire de la conquête de l'Espagne par les Arabes, traduite d'une chronique contemporaine des événements.
Les écrivains du pays, pleins de foi en l'authenticité de ce document, s'en servirent pour la composition de leur histoire; mais voilà qu'après un examen trop tardif, Don Nicolas Antonio commença à jeter des doutes sur le livre. Bientôt d'autres critiques entrent dans la même voie, et enfin la fraude non seulement est prouvée, mais on découvre même quel en est l'auteur. Michael de Luna, interprète d'Arabe, au service de Philippe III., avait calqué son œuvre avec beaucoup d'art sur d'anciens documents peu connus.
C'est aussi en ces temps que le jésuite, Jérome Higuera, s'associa Torialba, son confrère, lequel prétendit avoir trouvé dans la bibliothèque de Fulde en Allemagne, un manuscrit que Higuera enrichit de notes, pour éclaircir différentes parties du texte; puis une copie du tout fut envoyée à J. Calderon, qui le publia à Saragosse, sous le titre de: "Fragmentum Chronici Flav. Dextri cum chronico Marci Maximi, et additionibus S. Branlionis et Helecani."
Ces ouvrages supposés étaient composés avec beaucoup plus d'ingéniosité que ceux de Bérose et de Manéthon, dont nous avons parlé ci-dessus. C'est ce qui fut la cause que l'on eut bien plus de foi en leur authenticité. Toutefois comme les savants ne purent jamais obtenir de voir le manuscrit original, et remarquèrent quelques anachronismes, des doutes commencèrent à s'élever. Puis Gabriel Pennot, augustin de la Navarre, publia un examen de la chronique, dans lequel il donnait d'excellentes raisons pour prouver l'invraisemblance de ces documents, et malgré la défense qu'entreprit Th. Vargas, la supposition d'auteur fut définitivement reconnue par le monde lettré.[50]
[50] Voir Historia critica de los falsos cronicones de Señor Alcantara. L'auteur décrit avec précision l'origine, la formation, et les vicissitudes de ces chroniques.
Pour ce qui concerne les supercheries littéraires de l'Espagne, on doit consulter l'excellente histoire de la littérature de l'Espagne, par George Ticknor. 3 vols. 8º.
Higuera n'eut pas le chagrin de voir ce résultat, car il mourut en 1611, huit ans avant la publication de cette histoire critique, et soutenant toujours l'antiquité de son œuvre.
Ceci se passait sous Philippe III., gouverné, de même que l'Espagne, par le duc de Lerme. Dix ans plus tard Philippe IV. montait sur le trône, encore mineur, sous la tutelle du duc d'Olivares, qui créait comte de la Roca, un des plus habiles écrivains de pastiches trompeurs qu'ait produits l'Espagne.