[51] Voir Struvius, De doctis impostoribus.
A propos de ce roman, rappelons ici la discussion qui n'est pas encore fermée, au sujet d'un autre roman grec, beaucoup plus célèbre, "Daphnis et Chloé," que quelques critiques regardent comme un pastiche élégant du neuvième siècle, œuvre ingénieuse et patiente d'un homme de goût, égaré dans la barbarie d'un âge ignorant. Consultez Les Romanciers Grecs et Latins, par Victor Chauvin, p. 134.
"Corpus putat esse, quod umbra est."
Une supercherie d'une toute autre importance fut pratiquée en Italie un peu plus tard.
Curzio Ingherami, érudit qui s'était occupé toute sa vie d'antiquités, publia des fragments d'histoire étrusque soi-disant écrits par un certain Prosper Fesulanus, en l'an 700 de Rome.
On y établissait entr'autres faits historiques, qu'il y avait eu des rapports entre les Etrusques et les Hébreux; que le roi David avait imité, dans ses écrits, ceux de Noé et de ses descendants. Cette chronique rapporte même des discours et des anecdotes de Noé.[52]
[52] D'Israeli, "Curiosities of Literature," tom. iii.
Léon Allatius et Henri Ernst eurent beau donner des preuves de la fausseté de cet ouvrage. Ingherami défendit l'authenticité de sa découverte, en faisant imprimer à Florence, en 1637, un gros in 4º intitulé, "Discorso sopra l'opposizione fatte all'antichità Toscane." Attaqué de nouveau avec renfort d'arguments, il céda, et s'excusa, en disant qu'il s'en était laissé imposer par un faussaire. Ceux qui se sont occupés de la question, pensent qu'il y a des raisons pour croire en sa bonne foi.[53]
[53] Dictionnaire Critique de Bayle, et Huet: Traité de l'origine des Romans.
Le souvenir de cette invention était presque effacé, lorsqu'un aventurier sicilien, Joseph Valla, annonça qu'il avait découvert les livres de Tite-Live qui nous manquent. C'était une traduction en Arabe qu'il avait achetée d'un Français, lequel avait enlevé le manuscrit des rayons de la bibliothèque de Constantinople.