Il ajoutait qu'il possédait aussi un codex, provenant de la même source, et contenant l'histoire de la Sicile durant la domination des Arabes. Comme il montrait les manuscrits arabes, il obtint la confiance, et ces trésors historiques attirèrent honneurs et pensions sur leur heureux possesseur. Le roi de Naples lui fournit de l'argent pour continuer ses recherches. Enfin, un volume fut publié, mais un orientaliste découvrit, peu après, que le texte du manuscrit arabe sur la Sicile avait été falsifié, page par page, et presque ligne par ligne. L'original ne contenait autre chose qu'une histoire de Mahomet et de sa famille.

Valla, condamné à l'emprisonnement et menacé de la torture, avoua sa malheureuse supercherie.[54]

[54] Il y eut plusieurs savants de ce nom: 1er Laurent Valla, au XVme siècle, qui réfuta la prétendue donation de Constantin; 2me George Valla, qui fleurit vers la fin du même siècle, et expira comme l'hérésiarque Arius; 3me Nicolas Valla, à la même époque, traducteur de l'Iliade et d'Hésiode. Notre faussaire a été oublié par Bayle. Voir "Curiosités Littéraires," par Lalanne.

Le Portugal, à son tour, vit le pastiche s'emparer d'un petit chef-d'œuvre, les Lettres Portugaises, écrites vers 1663, par Mariana Alcaforada, et tellement admirées dans le siècle de Louis XIV., qu'elles étaient comparées à celles d'Héloïse à Abailard. La meilleure édition en a été donnée par M. de Souza,[55] qui démontra l'authenticité des cinq premières, mais qui émit l'opinion que les sept autres n'étaient qu'un pauvre pastiche fabriqué par un écrivain français, dans un but de spéculation de librairie.[56] C'est un mêlange d'affectation et de recherche en contradiction avec les usages portugais.

[55] Paris: F. Didot. 1824. In 12º.

[56] Consultez, à ce sujet, "l'Histoire Littéraire du Portugal et du Brésil," par M. Ferdinand Denis, ouvrage devenu rare et qui mériterait d'être réimprimé.

Les écrivains de faux mémoires, tels que nous en verrons un si grand nombre au dix-neuvième siècle, avaient déjà un modèle à suivre dès le dix-septième.

Sandras de Courtilz, né en 1644, fut célèbre en ce genre. Il composa les Mémoires de D'Artagnan,[57] de la Marquise de Fresne, de La Fontaine, du Marquis de Montbrun, etc. Sa manie était poussée si loin, qu'il publiait parfois de faux mémoires lorsque les véritables existaient: tels sont ceux du Marquis de Langallerie, sur la guerre d'Italie, écrits par lui-même dans sa prison à Vienne, et publiés par Gautier de Fagel, en 1743.[58]

[57] Lesquels Alexandre Dumas n'a fait que copier dans ses "Trois Mousquetaires."

[58] Niceron a consacré un article à Sandras de Courtilz, ainsi que Quérard, dans ses "Supercheries Littéraires," tome ii. p. 523.