Toutes les productions semi-historiques de cet auteur fécond ne méritent aucune confiance.

Arrêtons-nous ici un moment à des suppléments d'auteur, véritables pastiches, parcequ'ils ne furent jamais avoués par ceux qui les composèrent avec l'intention de tromper le public.

Aujourd'hui, l'authenticité de plusieurs fragments ajoutés au roman satirique de Pétrone, n'a plus de partisans; mais il y eut une époque où ils soulevèrent les passions de la critique, et passèrent par des phases assez curieuses pour nous engager à entrer dans quelques détails.

On sait que c'est au Pogge, ce célèbre dénicheur de manuscrits anciens, que nous devons la première connaissance d'un livre de Pétrone,[59] découverte encore bien partielle, car il paraît que les nombreux écrivains qui n'ont cessé de citer cet auteur pendant les six premiers siècles de notre ère, avaient des textes beaucoup plus complets que les nôtres.

[59] 1380-1459.

Un très-ancien manuscrit, provenant des dépouilles du sac de la ville de Bude, lorsqu'elle fut prise par le fameux Mathias Corvin, passa de la bibliothèque de ce prince, dans celle de Pierre Pithou.[60]

[60] 1539-1596.

Ce savant le compara avec d'autres manuscrits du Satyricon, et trouva qu'il contenait des additions importantes. Comme il n'y avait pas le moindre doute sur son authenticité, il le publia. Les commentaires qui suivirent cette publication, excitèrent la curiosité, et les savants ambitionnèrent la gloire de compléter l'œuvre de Pétrone. C'est alors que Jean Lucius, de Frau, en Dalmatie, publia à Padoue, en 1664, un nouveau manuscrit découvert dans la bibliothèque de Nicholas Cippi. Il contenait un fragment inconnu considérable,[61] qui fut reproduit par les presses des principales villes de l'Europe.

[61] Il commence par les mots: "Ipse nescit quid habent" (chap. 37), et finit par: "Ex incendio fugimus" (chap. 78), ce qui fait 41 chapitres, (moins le 55me déjà connu), sur les 141 qu'on trouve dans le Pétrone de Burmann et dans celui d'Anton.

On mit une ardeur extrême à attaquer l'authenticité du manuscrit de Frau. On s'imagina que les additions n'étaient qu'un jeu d'esprit de quelque savant, qui avait su imiter le style de l'auteur latin. Enfin, le célèbre Lyonnais, Jacob Spon, se convainquit, après avoir soigneusement examiné le manuscrit, que le fragment nouveau était bien authentique, et cette opinion fut généralement adoptée.[62]