[62] Voir "Nouvelles recherches historiques et critiques sur Pétrone," par J. E. Pétrequin. 1 vol. gr. in 8º. Paris: Ballière. 1869.

L'œuvre encore incomplète de Pétrone en était là, lorsqu'en 1693, François Nodot, officier français, publia à Paris, un Satyricon soi-disant complet d'après le manuscrit original d'un renégat grec, manuscrit d'une antiquité de mille ans, et acheté durant le siège de Belgrade.

Malheureusement on ne put jamais obtenir de voir ni l'original, ni la copie que Nodot dit avoir prise. Les débats prouvèrent que nous n'avions ici qu'un véritable pastiche, et même un pastiche maladroit d'après une savante critique.[63]

[63] Voir "Observations sur le Pétrone trouvé à Belgrade en 1688, et imprimé à Paris, en 1693, et à Lyon, l'année suivante," 1 vol. in 12º, de 214 pages.

Cela n'a pas empêché que tous les éditeurs de Pétrone depuis 1693, jusqu'aujourd'hui, ont cru devoir reproduire les fragments de Nodot, parcequ'ils remplissent ingénieusement les lacunes du récit. Néanmoins tous s'accordent à les déclarer supposés.

Ce fut Basnage qui poussa le cri d'alarme, dès que le Pétrone de Nodot vit le jour. Celui-ci se défendit d'être l'auteur de ces additions, avec une ténacité qui ne s'est jamais démentie. L'auteur des Matanasiennes, que nous avons déjà cité, conjecture que cette dénégation pourrait bien être fondée, et montre qu'il y a des probabilités pour croire que ces derniers fragments furent composés par Nicolas Chorier, auteur de l'Aloysia, et par son ami P. Linage.

Depuis longtemps les discussions relatives au Pétrone de Nodot avaient cessé, et la question était chose jugée, lorsque l'attention des érudits fut réveillée en 1800, par la publication d'un nouveau passage de l'auteur latin, trouvé, disait-on, dans la bibliothèque de Saint-Gall. Il remplissait la lacune que l'on soupçonnait dans l'endroit du chapitre 26, où Encolpe regarde avec Quartilla, par les fentes de la porte, les jeux de Giton et de la petite Pannychis.

Ce fragment n'est qu'un pastiche, dit Charles Brunet, dans son "Manuel du Libraire;" mais l'auteur, caché sous le nom de Lallemand, a imité avec tant de perfection l'esprit et la manière de Pétrone, que plusieurs savants s'y trompèrent d'abord.[64] Le véritable auteur était Joseph Marchéna, littérateur espagnol, employé dans l'administration de l'armée du Rhin.[65] Encouragé par ce premier succès, il fit ensuite imprimer chez Firmin Didot, un prétendu fragment de Catulle, qui cette fois ne trompa personne:[66]

[64] Noël, dans son édition de Catulle, a reproduit le morceau qu'il considère aussi comme une parfaite imitation de l'original. Il est omis dans la traduction de Pétrone, par Heguin de Guerle, mais texte et traduction sont donnés dans le Pétrone de Baillard, publié sous la direction de Nisard.

[65] G. Peignot a décrit l'historique des supercheries de Nodot et de Marchéna, dans son "Dictionnaire raisonné de Bibliologie," et dans son "Répertoire de Bibliographie Universelle."