[66] Frédéric Schoell, Répertoire de la Littérature ancienne, 2 vols. 8º. Paris, 1803.

"Fructu non respondente labori,"

comme dit Ovide.

Afin de résumer tout ce qui regardait les pastiches de Pétrone, nous avons interrompu l'ordre chronologique de notre récit. Revenons à la fin du dix-septième siècle.

On sait que Louis Racine avait fait des notes marginales à de fausses lettres de Madame de Maintenon, si parfaitement imitées, que ces notes sur les détails qu'elles renferment, ont été reconnu fondées de tous points. Voltaire, que l'on retrouve partout, quelque sujet que l'on traite, s'est moqué de ces lettres et des pastiches en général, dans son "Commentaire Historique" qui n'a pas été reproduit dans toutes les éditions: "En France, dit-il, nous avons eu de puissants génies à deux sols la feuille, qui ont fait des lettres de Ninon, de Maintenon, du Cardinal Alberoni, de la Reine Christine, de Mandrin, etc. Le plus naturel de ces beaux esprits était celui qui disait:[67] Je m'occupe à-présent à faire des pensées de La Rochefoucauld."

[67] Capron, dentiste très connu de son temps.

Après ce ton dédaigneux pour ceux qui composent des pastiches, soupçonnerait-on que Voltaire se fût laissé aller plus d'une fois à essayer de tromper le monde en ce genre? Trois lettres de Caius Memmius Gemellus à Cicéron,[68] présentées une fois au public comme traduites du latin en russe, sur un manuscrit de la bibliothèque du Vatican, et du russe en français, furent réimprimées dans les "Questions sur l'Encyclopédie," où, pour mieux faire croire à leur authenticité, il prévient le crédule lecteur que les savants les ont reconnues pour être véritablement de Memmius. Dans une lettre à D'Alembert, du 27 Novembre 1772, Voltaire en parle dans le même sens, et soutient sa fraude, qui fut bientôt avérée. On peut dire que c'était là une plaisanterie; mais la bonne foi ne peut guère admettre que tant de précautions soient prises pour l'entourer de toutes les apparences de la vérité.

[68] Ce fut pour ce Memmius que Lucretius Carus composa son grand poème, "De naturâ rerum."

Si Voltaire est, d'après Quérard, l'écrivain français qui a poussé le plus loin la manie de la supposition d'auteur et du pseudonyme, il s'est néanmoins laissé prendre au même piège. On lit dans sa "Philosophie de l'Histoire:" "Un hasard fort heureux a procuré à la bibliothèque de Paris, un ancien livre des Brames, c'est l'Ezour-Védam, ou commentaire des Védas, écrit avant l'expédition d'Alexandre dans l'Inde. C'est un des plus précieux manuscrits de l'Orient." Il en reparle encore dans La Défense de mon oncle.

Or cet "Ezour-Védam" que le Baron de Sainte-Croix publia en français, en 1778, n'est qu'un pastiche religieux.