Le manuscrit sanscrit, bien loin de renfermer la véritable doctrine des anciens Brahmes, tend à saper cette doctrine pour la remplacer par celle du Christianisme.

Les savants ont établi que ce prétendu commentaire des Védas a été fabriqué par quelque missionnaire catholique, mettant en pratique le veris falsa remiscet d'Horace. On a trouvé dans la bibliothèque des missionnaires à Pondicherry d'autres parties des Védas, travesties de la même manière.[69]

[69] Voir Asiatic Researches, vol. xiv., Calcutta, 1822, in 4º, où l'on trouve à ce sujet une notice de Francis Ellis.

La traduction française de ce faux Ezour-Védam, avec observations préliminaires de 172 pages, et des éclaircissements historiques de 259 pages, 2 vols. in 12º, Yverdon, imprimerie de M. De Felice, 1778, est devenu un livre fort rare. Il existe aussi une traduction allemande.

Une supercherie à peu près du même genre a trompé le savant sanscritiste, Sir William Jones. Un Hindou, désireux de s'attirer la faveur des pieux Européens, composa un pastiche d'un nombre de versets du Purana, dans lesquels il introduisit l'histoire de Noé et de ses enfants, sous la désignation de Satyavatra. Il communiqua ce travail au capitaine Wilford, lequel en fit part à Sir William Jones, qui en donna une traduction comme un fragment des plus curieux. Ce ne fut qu'après la collation de plusieurs manuscrits des Puranas, qu'on s'aperçut de la fraude.[70]

[70] "Curiosities of Literature," par Isaac d'Israeli.

Malheureusement toutes ces fraudes n'ont pas été découvertes si vite.

Une publication qui attira l'attention publique au dix-huitième siècle, trompa les historiens pendant vingt ans. Ce fut la Rym-Kronyck, etc. door Broeder Klaas Kolyn, publiée dans les "Analecta Belgica," de Gérard Dumbar, et attribuée à un Bénédictin de l'Abbaye d'Egmont, près de Haarlem, qui vivait vers la fin du douzième siècle. Cet ouvrage obtint la confiance générale, et on le cita dans nombre de travaux historiques. A la longue cependant le doute s'éveilla, et enfin les recherches de Wagenaar, de Van Wyn, et d'autres critiques, prouvèrent que le moine était bien innocent dans cette cause, et que c'était l'œuvre d'un avocat de Bois-le-Duc, nommé Henri Graham, aidé d'un graveur, Regnier de Graaf. Ce fut ce dernier qui révéla la vérité, lors de la vente à Corneille van Alkemade, du manuscrit original.[71]

[71] Voir Foppens, "Bibliotheca Belgica;" Van Wyn, "Loisirs Domestiques;" et Ypey, "Histoire de la Langue Hollandaise."

La France, au siècle dernier (et durant celui-ci, comme nous le verrons bientôt) a été peut-être de tous les pays, le plus fécond en pastiches et en supercheries littéraires, comme le prouvent suffisamment les travaux bibliographiques de l'infatigable Quérard.