De 1757 à 59 l'habile ministre de Louis XV., Choiseul, composa, dans un intérêt politique, un curieux pastiche dans une collection de lettres supposées écrites d'Amérique par le général français, Marquis de Montcalm, à son cousin M. De Berryer, résidant en France. On y trouve une très-juste appréciation de la situation des colonies d'Amérique, et une prédiction bien nette de la Révolution qui se préparait. Ces lettres eurent le plus grand retentissement dans les deux continents. Bancroft, dans son Histoire des Etats Unis, les qualifie nettement de contrefaçon.[72]
[72] Vol. iv. chap. ix. page 128, en note. Voir aussi Notes and Queries, 4me Série, viii., Novembre 11, 1871, page 397.
Les Mémoires de Bachaumont rapportent qu'en 1773, un pamphlétaire inconnu, hostile aux derniers ministres de Louis XV., fit paraître une soi-disant lettre du père Caussin au Cardinal de Richelieu, qui contrefaisait merveilleusement le style figuré de ce temps-là, ainsi que la manière du vieux Jésuite. Elle peut être considérée comme un pastiche remarquable, ajoute notre auteur.
Nous avons déjà signalé un des plus fameux pasticheurs de cette époque, Courtilz de Sandras.[73]
[73] A notre époque il a trouvé un continuateur du genre, qui, par sa prodigieuse fécondité, a surpassé son modèle, nous voulons parler de Lamothe-Langon, au sujet duquel on peut consulter Quérard.
Lors de la nouveauté du poème de Voltaire, "La Guerre de Genève," la société de Paris courut après les chants épars de cet ouvrage, dont on avait le premier sans le second, le troisième sans le quatrième. C'est alors que Cazotte imagina de donner le septième chant de la Guerre de Genève, pour satisfaire l'impatience du public, et pour jouer un tour au poète. Il l'intitula septième chant, pour flatter l'espérance des amateurs auxquels il eut la satisfaction d'entendre dire, trompés qu'il étaient, que puisqu'il y avait sept chants, on pouvait se flatter d'en avoir au moins douze.
Pendant huit jours l'ouvrage passa pour être de la même main que le commencement.
On y suppose les événements des 5me et 6me chants qui n'ont jamais été faits par Voltaire. Vachine, la sorcière dont la baguette a causé les désordres précédents, métamorphose l'Ennui en brouillard épais qui s'appesantit sur la ville. Les dames de Genève pour se dérober à son influence, se sauvent à Ferney, chez Voltaire:—
"Déjà l'Ennui, par le bruit écarté,
Craignant bientôt d'entendre la trompette,