Celle-ci le fit imprimer et introduire dans un de ces recueils de vers, alors si nombreux. Quand Voiture vint réciter ce sonnet à l'hôtel, on lui montra le livre. Le sonnet imprimé et le sien étant tout un, le poète finit par croire que ces vers qu'il s'imaginait avoir composés, il s'en était ressouvenu seulement. On rit longtemps avant de le désabuser. ("Précieux et Précieuses," par Ch. L. Livet. 1 vol. 8º, p. 30. Paris, 1859.)
Dans les temps anciens on pourrait, peut-être sous un double rapport, ajouter comme pastiches, à ceux que nous avons cités dans l'introduction, le roman grec de Nicetas Eugenianus, "Les amours de Drosille et de Charicles." L'auteur avoue franchement qu'il ne vise pas à l'originalité, et qu'il ne fait qu'imiter Prodrome (auteur du 12me siècle), qui composa en vers ïambes irréguliers, le poème de "Rhodante et Dosiclès." En effet, Eugenianus copie scrupuleusement toutes les situations du roman de Prodrome, et de plus, dit Boissonnade, elles ne sont décrites qu'avec des centons malassortis d'Anacréon, de Théocrite, de Bion, de Moschus, et de Musée.
Les deux romans de "Théagène et Chariclée," par Héliodore, et de "Leucippe et Clitophon," d'Achille Tatius, doivent se placer dans la même catégorie. Tous deux ont une ressemblance tellement frappante, qu'il est impossible d'y voir deux œuvres originales, et dont l'une ne soit pas le pastiche de l'autre. Mais lequel des deux est le plus ancien ouvrage, est une question non encore résolue d'une manière absolue.[143]
[143] Voir "Les Romans Grecs et Latins," par Victor Chauvin, in 12º. Paris: Hachette, 1864, et Boissonnade, "Critiques Littéraires."
Les pastiches latins sont assez fréquents aux 16me et 17me siècles, et c'est surtout à ces époques que l'on peut voir les intimes rapports qu'il y a, entre ce genre et les centons. Nous avons donné, dans un précédent ouvrage,[144] quelques renseignements sur des auteurs dont les écrits se rapprochent d'avantage du pastiche, que du genre dans lequel nous les avons classés. Ainsi, L'Anacreon Chistianus que le jésuite Gilbert Jouin publia en 1634, et dont Titon du Tillet vante l'élégance, est un vrai pastiche, avec lequel voulut rivaliser, plus d'un demi siècle plus tard, le célèbre professeur de grec à l'université de Cambridge, Joshua Barnes, en publiant sous le même titre, deux odes anacréontiques, pour prouver, disait-il, que G. Jouin n'avait pas assez approfondi le rythme poétique et la langue du poète grec.
[144] "Revue Analytique des ouvrages écrits en centons, depuis les temps anciens, jusqu'au 19me siècle." Londres: Trübner, 1868.
Ce genre d'amusement était assez commun alors. Le jésuite Famino Strada inséra dans ses "Prolusiones Academicæ," des essais et des harangues, pastiches latins qu'il n'aurait eu qu'à supposer tirés de quelque vieille bibliothèque, en y ajoutant un commentaire, pour prouver l'identité de style avec celui des auteurs qu'il avait imités.[145]
[145] Il ne faut pas pousser trop loin les rapports, souvent intimes, qui existent entre l'imitation et le pastiche, sinon on arriverait à dire avec Macrobe, que Virgile dans sa description de la ruine de Troie, et de son cheval de bois, ne donne qu'un pastiche de Pisandre qu'il a copié assez littéralement. Il en serait de même du 4me livre de l'Enéïde, qui n'est guère qu'une décalque de l'amour de Médée pour Jason, dans le 4me livre des Argonautiques d'Apollonius. La couleur et presque tous les traits du tableau de la peste du 3me livre des Géorgiques sont pris dans la description qu'en a faite Lucrèce, dans son 6me livre.
Au commencement de l'Enéïde la tempête et les plaintes de Vénus à Jupiter sont une véritable imitation-pastiche du 1er livre de la guerre Punique de Nevius.
Ainsi parle Macrobe, qui continue cet examen pendant près de 250 pages in 8º, dans le 5me et 6me livres de ses Saturnales.