On est étonné du grand nombre et parfois du tour agréable de ces sortes d'imitation de l'antiquité profane, que la ferveur ascétique et la mysticité ont fait composer, dans la langue des auteurs grecs et latins, pendant plus de deux siècles en France, en Italie, en Belgique et en Allemagne.

Le père Benardin Stephonio, dont les vers posthumes furent publiés à Rome, in 1655, et qui avait commencé par écrire, comme exercice, des imitations chrétiennes, en mètre et en rythme, anacréontiques, composa un excellent pastiche de Pervigilium Veneris, qui se lit encore aujourd'hui avec plaisir.[146]

[146] In Natalibus Christi noctem, Carmen trochaïcum, en voici le début:

"Cras amemus, sodales, cras amasse sit necessitas,

Cras beate ut nunquam amavimus, beate si unquam amavimus."

Pour montrer combien il eût été facile à ces écrivains de tromper les lecteurs, nous pouvons citer l'anecdote que l'abbé Regnier Desmarais raconte lui-même dans ses Mémoires.[147]

[147] "Mémoires de Littérature" (par Sallengre), tome i., page 64.

"A mon retour en France, dit-il, je me mis à entretenir commerce de lettres avec diverses personnes en Italie, et particulièrement avec l'abbé de Strozzi, résident pour le roi, à Florence. J'écrivais toujours en italien. Or, ayant composé alors une ode, et l'ayant envoyée à l'abbé Strozzi, il s'en servit pour faire une tromperie à deux ou trois académiciens de la Crusca, de ses amis. Pour cet effet, il supposa que Leo Allatius, bibliothécaire du Vatican, lui avait écrit qu'en revoyant le manuscrit de Pétrarque, qui y est conservé, il en avait trouvé deux feuillets collés, et que les ayant séparés, il y avait trouvé l'ode qu'il lui envoyait. La chose parut d'abord difficile à croire, ensuite la conformité du style et des manières la rendit vraisemblable, et quand elle fut éclaircie, M. le Prince Léopold, protecteur de l'Académie de la Crusca, auquel l'abbé Strozzi faisait voir toutes mes lettres, proposa à l'Académie de m'élire, ce qu'elle fit."

Dans un volume que nous croyons très rare et que ne possède pas le Musée Britannique, on rencontre des pièces de vers en latin, en français, en italien, en hollandais, parmi lesquelles se trouvent quelques pastiches de l'époque dont nous nous occupons.[148]

[148] "Lusus imaginis Jocosœ, sive Echus à variis poetis, variis linguis et numeris exculti." Ex bibliothecâ Theod. Dousæ, accessit M. Schoockii dissertatio de naturâ soni et echus.