Ultrajecti. Acad. Typog. 1638, in 8vo.
Ce ne fut pas la poésie seulement qui cultiva ce genre. Les vies d'Annibal et de Scipion qu'on trouve dans l'édition du Plutarque, publiée par Campanus, furent composées par Donat d'Acciaioli, son contemporain. Plusieurs écrivains ont de bonne foi cité ces vies comme étant de Plutarque. Jean Rualdus, qui ajouta beaucoup de notes à l'édition de cet auteur, en 1624, imputa la supposition de ces biographies, à la malice d'Acciaioli. "Afin de donner plus de crédit à son ouvrage, dit-il, l'auteur débita qu'il avait traduit ces vies du grec de Plutarque."
Rualdus avait tort d'accuser le Florentin de vouloir tromper ses lecteurs, car dans une de ses lettres à Pierre de Médicis, il avoue qu'il n'a eu d'autre intention que de composer des pastiches, recueillis, dit-il, de divers auteurs grecs et latins.[149]
[149] Voir "Histoire de l'Académie Royale, des Inscriptions et Belles Lettres," tome iii. page 286, in 8vo. Amsterdam, 1731.
Dans une pièce anonyme qu'on peut lire au troisième volume des Mémoires de Littérature de l'abbé d'Artigny, qui a pour titre "Description du Château de Delphes," et censée avoir été envoyée de St Pétersburg à un journaliste de Paris, Avril 1750, on énumère assez longuement les principales raretés que renferme la bibliothèque de ce château.
Or ces livres cités ne sont que des suppositions d'auteur; ainsi il mentionne les œuvres de L. Varius, ce célèbre poète tragique, dit-il, ami d'Horace et de Virgile, qui y sont en six volumes;[150] ce manuscrit est unique. On trouve encore dans cette bibliothèque, un "Pétrone complet en vingt-huit livres, et écrit en lettres rouges."
[150] Cette supposition d'un manuscrit de L. Varius, donna peut-être l'idée au médecin de Groeningue, Heerkins, de mettre sur le compte de ce poète latin, une tragédie de Progné, composée par un Vénitien du seizième siècle.
Il y a un mémoire intéressant de Aug. Weichert, intitulé "Dissertatio de Lucio Vario." Lipsiæ, 1829.
On pourrait parfois confondre le pastiche et la parodie, comme dans l'exemple donné par Boileau, en imitation des vers de Chapelain, dont il imite admirablement la rauque et barbare harmonie. C'est là le pastiche critique ou satyrique que Rabelais a aussi employé avec succès dans son discours de l'écolier Limousin, pastiche des "Angoisses de Dame Hélisenne de Crenne,"[151] disent quelques commentateurs; mais plutôt du Champfleury de Geoffrey Tory, où l'on rencontre des phrases toutes semblables. Ne semble-t-il pas que Rabelais a voulu aussi faire un pastiche-parodie du "Triumphus Cæsareus," que Kirker a mis à la tête de son "Œdipus Ægyptiacus," et qui est composé de vingt-cinq langues, lorsque Panurge dans son discours d'introduction à Pantagruel, emploie successivement quantité de dialectes dont plusieurs ne sont que du baragouin?
[151] Rigoley regarde ce nom comme un pseudonyme. Les ouvrages qui portent ce nom d'auteur, ne furent pas publiés avant 1538; or le second livre de Pantagruel, où se trouve ce discours, parut en 1532.