L'abbé Galiani, l'ami intime de Madame d'Epigny, réussit aussi très bien à se jouer des savants par des pastiches. Il publia à Naples un recueil, contenant un certain nombre de pièces attribuées aux académiciens de cette capitale, et où il avait singé, avec un rare bonheur, leur manière d'écrire. Comme c'était un éloge funèbre du bourreau, le public fut d'abord étonné, mais la mystification fut aussitôt avouée aux applaudissements universels.
Un pastiche de la plaisanterie de Sénèque sur la mort de l'Empereur Claude, a été inséré, par un anonyme, dans l'histoire de Pierre de Montmaur, par de Sallengre. Il est intitulé "Monmor Parasitosycophantosophistœ Ἀποχραποθἐωσις" c'est à dire: la Marmitodéïfication de Montmaur. Cette pièce latine n'a rien de commun avec la Métamorphose de Gomor en marmite, que l'on trouve dans le même recueil, et qui est l'œuvre de Dalibray.
L'abbé Desfontaines que la colère de Voltaire a trop fait déprécier, a composé un pastiche-critique amusant des harangues officielles de l'Académie Française,[159] dont il fit ressortir l'enflure et le ridicule.
[159] Discours de remerciement prononcé par Messire Christophe Mathanasius, lorsqu'il fut reçu à l'Académie Française.
L'imitation d'une ancienne tragédie latine composée au 16me siècle, comme amusement littéraire, par Gregorio Corrario, vénitien, protonotaire apostolique, trompa si bien un pauvre savant hollandais, Nicolas Heerkens, qu'il crut cette pièce composée par Lucius Varius, poète tragique du temps d'Auguste. Il avait reçu le manuscrit d'un religieux d'un couvent d'Allemagne où il avait fait un voyage. On douta de cette origine sans raisons suffisantes, nous semble-t-il; et, parceque Heerkens fit plusieurs tentatives pour faire imprimer cette tragédie comme une pièce ancienne inédite, tandis que l'abbé Morelli découvrit qu'elle avait déjà été imprimée en 1558, on accusa le savant hollandais de vouloir mystifier le public. A notre avis, c'était lui qui était le mystifié, et en lisant les détails de cette affaire dans le 3me vol. des Mêlanges de Chardon de la Rochette, nous ne pouvons que plaindre Heerkens de n'avoir pas su qu'un Vénitien s'était amusé à composer une tragédie latine à l'imitation des anciens.
A propos de pastiche de tragédie, rappelons celle d'Iphigénie de M. M. Leclerc et Coras, où les auteurs ont suivi pas à pas la tragédie du même nom, que Rotrou avait donnée trente-cinq ans auparavant.
En comparant les deux pièces, on voit qu'ils ont employé les mêmes situations, la même marche, souvent les mêmes pensées.
Patin, dans "Etudes sur les tragiques grecs," dit que cette triste Iphigénie, pour laquelle ils se disputèrent tous deux, ressemblait trop à celle de Rotrou, pour qu'ils y eussent droit l'un ou l'autre.
On connaît l'épigramme de Racine:—
"Entre Leclerc et son ami Coras,