Dans les lettres de Livry, il renferme dans un cadre fictif, ses propres idées, et il les exprime dans un style très rapproché de celui de modèle.
Ce jeu d'esprit a reçu son titre de la délicieuse campagne de Livry, où Mme. de Sévigné est supposée se retirer pour rendre compte tout à son aise, à Mme. De Grignan, avec l'aide de son fils et de Corbinelli, des ouvrages nouveaux.
Chateaubriand a une grande part dans cette satire spirituelle du style moderne.
Quérard, à l'article Sévigné, dit que cette publication est un pastiche, sans être une mystification, puisqu'on y fait l'analyse d'ouvrages de l'époque actuelle, et il l'attribue à N. Chatelain. Toutefois M. Rostain, le savant bibliophile de Lyon, n'est pas éloigné de croire qu'il est l'ouvrage de feu M. Gaultier, professeur distingué de Genève, où cette brochure a, selon toute apparence, été composée.[161]
[161] Elle se compose de 103 pages. Imprimée à Paris en 1835, elle est devenue fort rare, et mériterait d'être réimprimée.
La première des quinze lettres que renferme ce recueil commence ainsi:—
"Voilà qui est dit, ma fille, j'y consens: pour satisfaire à votre curiosité, et amuser votre paresse, je vous enverrai, à fur et à mesure qu'ils paraîtront, des extraits de tous ces ouvrages nouveaux et si bizarres qui nous poursuivent. Vous jugerez des pensées et du style, et par cela même des auteurs.
"M. De Pomponne en prit l'autre jour un hoquet à force de rire; nous crûmes le perdre pour ce chien de livre."
Dans la troisième lettre, elle raconte une visite qu'elle a faite à M. De Sainte Beuve, célèbre casuiste, qui occupa en 1643, une des chaires royales de théologie, et qui était lié avec ce que l'école de Port-royal renfermait d'hommes les plus méritans.
"Je le trouvai les mains jointes, dit Mme De Sévigné; quand il me vit, il s'empoigna la tête, et me dit, Madame, vous connaissez tous mes chagrins; j'ai un neveu qui fait des romans, et quels romans!"