—Je ne demande pas à voir vos traits, reprit le vieux Jean de Pavanes; mais ces hautes destinées que je découvrais dans votre planète... La science aurait-elle à la fois révélé une vérité et indiqué un mensonge?

—La science, je suis forcée de le souhaiter et de le craindre, la science a peut-être dit vrai. Si l'on choisissait sa destinée, j'enchaînerais sur l'heure la mienne à celle du chevalier de Pavanes.

—Je ne sais quel prestige il y a dans votre voix, madame, mais plus je vous entends, plus il me semble que c'est une bouche royale qui parle.

—Hélas!...

La jeune femme poussa un long soupir, et, retirant son masque, laissa contempler son visage à l'alchimiste.

Jean de Pavanes, en quittant secrètement la ville de Meaux, pour éviter le sort des autres novateurs, et plus particulièrement pour s'attacher à la fortune de son fils, qu'il savait être transféré dans l'une des prisons de Paris, avait dû changer de nom.

Il s'était installé dans le faubourg du Louvre en qualité de physicien et d'alchimiste, se tenait à portée de connaître la fortune de son cher enfant, et comptant sur les ressources que lui procurait son art pour parvenir jusqu'à lui, pour le sauver en gagnant les geôliers.

Mais on n'arrivait pas ainsi jusqu'aux prisonniers de religion sous l'administration d'Antoine Duprat.

La régente et la sœur du roi étaient les premières personnes auxquels les noms de ces criminels eussent été communiqués.

Le vieux docteur avait vu plusieurs fois naguère la princesse Marguerite figurer aux côtés du roi dans les solennités publiques; en la reconnaissant dans la personne de la dame qu'il avait devant lui, il voulait se précipiter à ses genoux.