—Voici ce que je vous ai promis, maître, dit-il, en homme ponctuel, mais pressé d'être servi avec la même exactitude.

—Et voici ce que j'ai à vous remettre, répondit le vieil alchimiste, laconique et impassible comme à son ordinaire.

En même temps, il atteignait d'un bahut deux fioles de grès toutes pareilles à celles qu'il avait remises à la princesse Marguerite, c'est-à-dire fort petites, portant une étiquette formée d'une seule lettre, et fermées de bouchons de cire, car on commençait à peine à connaître l'usage de ceux de liège.

—Le bouchon vert, lui dit-il, renferme le soporifique; le bouchon jaune, l'autre chose.

—Le poison... prononça tout bas Triboulet.

Ses grandes mains crochues s'étendirent comme des pattes d'araignée pour saisir les fioles, que ses yeux couvraient de leur lueur verdâtre et phosphorescente.

L'alchimiste crut voir luire la prunelle d'un chat sauvage ou d'un tigre.

Il les palpa avec amour dès qu'il les tint enfin, et les cacha dans une poche secrète de son pourpoint.

—Maître, dit-il, je ne sais pas au juste quand je me servirai de ces objets; mais s'ils ont la vertu souhaitée, je m'engage à venir vous apporter un présent plus riche que les autres, après mon succès.

—Le succès sera tel que je l'espère, messire, car je vous jure que j'ai mis dans ces fioles tout ce que je devais y mettre.