—J'y compte bien; avant peu, d'ailleurs, vous aurez de mes nouvelles... Adieu, illustre nécroman, aimable suppôt de Satanas. Que l'enfer vous maintienne en joie, en santé et en longs jours.

Le bouffon avait retrouvé sa belle humeur.

A l'audience de la régente, le jour suivant, il étourdit l'assistance par le feu roulant de ses saillies. On ne l'avait jamais vu plus réjouissant aux meilleures époques de la cour.

Comme on le savait fort habile pour s'initier à toutes les choses cachées du palais, on en conclut aisément qu'il avait surpris de bonnes nouvelles de la condition du roi, et, sur cette hypothèse, le triste Louvre reprit pour un instant une espèce d'animation et d'entrain.

Louise de Savoie laissa même s'accréditer cette rumeur de nature à produire une réaction opportune sur la langueur de l'opinion publique, fort inquiète de la prolongation de cette absence de François Ier.

Mais elle possédait par devers elle de fortes raisons de ne pas s'illusionner. Les mauvaises nouvelles étaient les seules exactes.

Aussi, la duchesse d'Alençon, Marguerite de Valois, notre héroïne, étant rentrée avec elle dans ses appartements, fut frappée de l'abattement où elle la vit tomber.

Le temps n'avait pas été perdu entre elle et ses amis. Il avait été convenu qu'elle s'assurerait d'abord de l'espoir que sa mère conservait encore dans sa fameuse négociation des deux mariages, afin de songer, sans plus de retard, dans le cas probable d'abandon de ce plan, à un projet d'évasion du captif de la Grosse-Tour.

Cette ressource, il nous semble l'avoir déjà laissé entendre, était réservée comme la dernière, à cause de ses nombreuses difficultés.

La vigilance soupçonneuse du premier ministre était un de ces obstacles; aussi, quoi qu'il en pût coûter à son cœur, Marguerite s'était résolue à se montrer à lui avec des airs moins irrités, à user enfin de l'influence que la passion révoltée de l'ennemi lui donnait encore peut-être; en un mot, à ne pas l'empêcher de croire à un adoucissement possible de ses sentiments à son égard.