—En conscience, ma mère, croyez-vous cela aussi impossible que vous me l'assurez?
—Que voulez-vous dire?
—Hélas, vous ne le savez que trop, et vous oubliez notre pénible entretien de ces jours passés... Le démon qui nous poursuit n'a-t-il pas revêtu une forme humaine; ne se nomme-t-il pas...
—Il est inutile de prononcer ce nom, puisque nous le connaissons... Eh bien, oui, c'est lui que je soupçonne, lui que j'accuse... lui qu'il faudrait perdre.
Ces derniers mots firent comprendre à Marguerite de Valois que si sa mère s'associait avec cette chaleur à sa cause, c'est que cette cause servait puissamment sa haine contre le chancelier.
Malheureusement, la haine de la régente n'avait jusqu'ici porté que des fruits stériles, et Marguerite n'entretenait qu'une confiance voisine du dédain pour les pratiques surnaturelles auxquelles sa mère s'adonnait en désespoir de cause.
Adroitement secondée par Hélène de Tournon, elle entama le système de petites manœuvres destiné à endormir la méfiance de l'ennemi.
Le hasard lui en fournit bientôt une excellente occasion.
Elle se trouvait chez sa mère, pour prendre connaissance d'un message arrivé de Madrid et donnant des nouvelles du roi.
Elle en commençait à peine la lecture, que le chancelier arriva avec l'apparence du zèle d'un serviteur empressé.