—L'objet est là, madame; nous allons procéder aux premières incantations.

Il déposa sur une table un coffret de bois de chêne, dont les faces et le couvercle portaient, sculptées, diverses figures fantastiques.

Puis il alluma gravement les cierges du prie-Dieu, colla sur chacun d'eux un nombre impair de petites médailles de plomb, et ouvrit le livre d'Heures à l'office des morts.

La duchesse suivait avec avidité tous ses mouvements; elle se sentait gagnée par sa gravité et son air solennel.

Ces préliminaires achevés, il revint au coffret, dont il tira une figurine de cire, suffisamment modelée pour qu'on reconnût un homme vêtu d'une simarre, le mortier en tête, et ayant une intention de ressemblance avec le chancelier.

—Enfin! murmura la régente, nous le tenons!...

Il y avait du rauquement du tigre dans le ton guttural dont elle prononça ces mots.

—J'ai eu soin, dit l'alchimiste, de placer le linge imbibé de son sang à la place du cœur, afin que l'image fût entièrement assimilée à l'original. Cependant, une formalité serait nécessaire, vous ne l'ignorez pas, Altesse. Quoique ce sang soit celui d'un homme baptisé, il est d'usage que les simulacres reçoivent eux-mêmes le baptême et avec lui les noms de la personne qu'ils représentent. De très honnêtes ecclésiastiques ne refusent pas leurs services, en ces circonstances.

Votre Altesse, craignant que les noms qu'il s'agit de donner à cette image n'éveillent l'attention et ne provoquent la traîtrise, n'a pas voulu que je recoure à cette mesure; que résout-elle présentement?

—Ne savez-vous pas, maître, que le baptême est valable, venant de toute personne qui l'a reçu elle-même?