Au milieu était une table carrée couverte de livres, de papiers et d'écritoires.
Mais ce n'était pas cet ameublement, ces particularités qui absorbaient notre étrange curieux.
Il n'y avait qu'un siège dans cet oratoire, un fauteuil de velours, au dossier immense, aux bras larges et rembourrés.
C'était évidemment la partie la plus recueillie d'un appartement princier; et, en effet, une jeune femme d'une distinction exquise, assise dans ce siège unique, s'y trouvait absolument seule.
Une chandelle de cire, plantée sur un support de vermeil ingénieusement disposé, comme toute l'orfèvrerie d'alors, se consumait lentement sur la table.
Sa flamme douce et régulière éclairait, en exagérant leur pâleur, les traits ravissants et mélancoliques de cette femme. Couchée avec abandon sur le dossier du fauteuil, les mains jointes sur ses genoux, les paupières demi-closes, tout indiquait sa méditation, son recueillement.
Le démon suspendu à la fenêtre s'enivrait de cette contemplation. Si cette femme eût dû y rester toujours, il se fût incrusté à cette place pour l'éternité.
A l'observer ainsi dans son immobilité et sa pâleur, il était permis de se demander si elle sommeillait ou même si ce n'était pas une princesse des contes enchantés, frappée d'insensibilité par la baguette d'une fée méchante.
Mais bientôt cette supposition devint impossible, car elle tressaillit, ouvrit ses grands yeux, se redressa avec une souplesse de houri et une distinction de reine sur son siège.
Elle avait saisi dans le voisinage de l'oratoire un bruit que la verrière rendait insensible à son observateur. Celui-ci pourtant sembla le deviner par intuition, car la béatitude où il nageait disparut de ses traits, qui devinrent plus sérieux, plus inquiets que ceux de la jeune femme.