Une tenture de même étoffe que celle des lambris recouvrait la porte du retrait. Elle se souleva discrètement, et ne laissa d'abord apercevoir qu'une longue main décharnée, blanche comme l'ivoire, et la manche d'un vêtement sombre.
Le djinn, accroupi sur la fenêtre, cessa de respirer, écarquillant horriblement ses paupières et ouvrant ses larges oreilles plates dépourvues de lobes telles que celle d'un membre de cette race simiane avec laquelle il avait beaucoup plus d'analogie qu'avec la race humaine.
Mais, à son grand désespoir, la vitre transparente pour son œil était trop opaque pour son ouïe. Que n'eût-il pas donné cependant pour saisir seulement quelques mots!
Deux hommes, ensevelis sous de vastes manteaux, s'approchèrent de la maîtresse du lieu qui les attendit assise.
Des capuchons rabattus dérobaient leur visage, il saluèrent, sans les enlever, la dame qui leur adressa un geste plein de bienveillance.
Ses traits s'étaient animés, un incarnat inaccoutumé dominait sa pâleur mate de tout à l'heure, et sa prunelle brillante lançait des feux plus vifs que ceux de la bougie.
Elle parlait d'un ton chaleureux, et enfin, ô espoir! ses visiteurs portèrent la main à leurs coqueluchons pour les rejeter sur leurs épaules.
On allait donc connaître leurs traits!... Déception soudaine, ces gens avaient évidemment de graves motifs de dérober leur identité; sous leurs coiffes, ils étaient masqués! Un loup d'étoffe brune était adapté au haut de leur visage, et leur barbe en couvrait le bas.
L'un d'eux, celui qui paraissait avoir introduit l'autre, portait cette barbe longue et épaisse, descendant en flocons de neige sur sa poitrine.
Le second, beaucoup plus jeune, était brun de cheveux. Ceux-ci étaient ras, suivant la mode créée par François Ier; quant à la barbe, elle était de médiocre longueur, de nuance rousse, et se partageait en deux pointes au-dessous du menton. Ce détail éveillait l'attention de l'observateur de la croisée, qui y cherchait quelque signalement.