Cette princesse altière, vindicative et perfide, dont les serments ne pesaient rien, et qui changeait même de religion au gré du vent politique, n'avait eu l'esprit en repos que quand la parole donnée à son sorcier avait été remplie.
La princesse Marguerite, faisant un moment abstraction du contentement intérieur que lui causait sans le vouloir le chancelier, en lui apprenant l'amélioration du sort du chevalier de Pavanes, se souvint des motifs qui lui avaient fait souhaiter cet entretien.
Elle y revint d'une façon beaucoup plus directe que cette simple observation ne paraissait l'indiquer:
—Qu'avez-vous donc, messire? Une mesure aussi peu importante est-elle capable de préoccuper à ce point un homme d'État tel que vous?
—Cette mesure est plus grave que Votre Altesse ne veut bien le croire. Quand j'ai prescrit les sévérités qu'elle supprime, c'est que je les jugeais nécessaires, et je m'étonne que madame la régente, qui a d'habitude quelque condescendance pour mes décisions, n'ait pas daigné me consulter dans le cas présent.
—Eh quoi! messire, la régente du royaume, investie de toutes les prérogatives souveraines, ne saurait-elle, de son propre mouvement, exercer la plus belle de toutes, celle de faire grâce?
—Le souverain, madame, n'a pas moralement le droit d'amnistie, quand des intérêts plus élevés que ceux de la politique, les intérêts de la religion, sont en jeu.
—Vous oubliez toujours en me parlant, que vous vous adressez à une novatrice, peu convaincue de ces grandes idées absolutistes et purement métaphysiques.
Marguerite de Valois prononça ces mots avec une bonhomie qui causa à son interlocuteur un déplaisir singulier.
—A Dieu ne plaise, fit-il aigrement, que je songe à mettre Votre Altesse en cause; nous parlions de madame la duchesse d'Angoulême.