—Vous avez osé!... s'écria la princesse, pâle d'indignation.

Duprat poursuivit imperturbablement en aiguisant à son tour chaque syllabe:

—Cet homme était recherché pour crime de concussion dans des fonctions publiques... A l'heure que voici, on le juge devant le tribunal qui a condamné le surintendant Semblançay à mort, pour un motif absolument pareil... Il est vraisemblable que les magistrats qui ont si bien compris leur devoir une première fois, n'y failliront pas aujourd'hui.

—Savez-vous que c'est véritablement infâme, de rendre la justice, qui est religion et chose sacrée, complice de tant d'abominations?...

—Et alors, reprit le chancelier avec son calme sardonique, Votre Altesse comprend le surplus: ce délateur mort, plus d'indiscrétions possibles, plus de témoin importun.

—Ah! c'en est trop! je devancerai vos coups, je préviendrai cet arrêt d'iniquité... Ou plutôt, je m'égare, il est impossible que le parlement laisse deux fois surprendre sa conscience; il refusera le service odieux qu'on ose réclamer de lui...

—Écoutez, interrompit Duprat.

Il alla à la fenêtre donnant sur le quai et l'ouvrit.

Un crieur public s'était arrêté en face, et sa voix monta jusqu'à la princesse:

«Arrêt du parlement, qui condamne maître Rainier Gentil, conseiller aux enquêtes, à être pendu au gibet de Montfaucon, pour crime avéré de péculat dans des fonctions publiques, et ordonne que l'exécution aura lieu dans les vingt-quatre heures, à la diligence de M. le procureur au Châtelet.»