Marguerite de Valois se soutint au dossier d'un fauteuil: ses jambes fléchissaient sous elle.
—A présent, madame, demanda le chancelier, conviendrez-vous que je l'emporte?... Eh bien, fit-il en se rapprochant avec une ardeur involontaire, et en modérant les inflexions de sa voix, il ne tient qu'à vous que tout ceci soit un rêve, que le conseiller Gentil vive, et que le captif des fosses du Louvre soit mis en liberté.
A cette nouvelle et outrageante proposition, toutes ses forces lui revinrent, et de son geste impérieux montrant la porte à ce tentateur exécré:
—Sortez! lui dit-elle.
XXI
LE PHILTRE DE L'ALCHIMISTE.
En des temps comme ceux-là, dans un pays gouverné par des mains telles que celles de Louise de Savoie et d'Antoine Duprat, la justice n'a pas un bandeau, mais un voile pour se cacher la face; ce n'est pas une balance, c'est une hache qu'elle tient.
Le conseiller Gentil, cet Italien infâme qui avait secondé le crime de la régente et du chancelier, méritait la mort, à coup sûr, et c'était un acte providentiel qu'il la reçût de l'homme auquel il avait sacrifié son loyal maître. Mais son arrêt, tel qu'il fut rendu, n'était pas moins inique, car il reposait sur des griefs imaginaires, et non sur son forfait trop réel.
Duprat n'avait garde, en effet, de mettre l'accusation sue ce terrain; il lui importait à tout prix d'étouffer le mystère de l'affaire de Semblançay.
Quelques années auparavant, nous l'avons dit plus haut, soupçonnant Jean Poncher, général des finances, seigneur de Chainfreau, secrétaire du roi, ancien argentier de Charles VIII et de Louis XII, d'être sur la voie de la vérité, il s'était hâté de se défaire de lui, sans s'inquiéter de son rang ni de ses titres, par un de ces mêmes arrêts d'un tribunal servile.