Jean Poncher, innocent et intègre, avait été pendu, sous prétexte de péculat, comme le surintendant Semblançay, et aujourd'hui, Rainier Gentil, seul coupable dans cette trame ténébreuse, et le seul qui pût relever la vérité, subissait la même peine.

C'était donc la troisième tête qui tombait pour assurer le repos des deux instigateurs, des deux seuls personnages qui eussent profité de la dilapidation des fonds de l'armée, la régente et le premier ministre.

Il eût fallu en immoler cent autres, cent autres eussent péri: quand on est entré dans cette voie, on ne s'arrête plus.

Rainier Gentil était d'ailleurs loin de jouir de la même estime que le baron de Semblançay et que Jean Poncher; son supplice ne souleva pas les mêmes réprobations que le leur. Son innocence fut peu discutée par l'opinion, qui s'étonna tout au plus, tant on l'avait accoutumée à ces formes judiciaires, de la promptitude et de la discrétion avec laquelle son procès avait été conduit.

Évidemment, tout s'était passé de façon qu'il ne pût ni se défendre ni tenter la révélation de ce qu'il savait touchant ses deux puissants complices. Le chancelier assistait à la séance, près du président, et dès que l'accusé essayait de prendre la parole, on lui imposait silence sous menaces de le mener à la salle de la question, et de le juger en son absence.

La cour, subissant d'ailleurs l'influence du chancelier, affecta de ne pas s'émouvoir de l'exécution; on s'en occupa un jour à peine au Louvre, comme d'un acte de bonne justice.

La régente, qui en profitait pour sa sécurité propre, en manifesta elle-même un contentement qui acheva d'imposer aux courtisans l'attitude qu'on attendait d'eux.

Il survint enfin une circonstance qui ne permit plus d'y songer, sous peine de se mettre en opposition flagrante avec le vent du pouvoir: la princesse Marguerite fit distribuer des invitations pour une petite fête intime.

Les plaisirs bruyants, tels que la danse et le jeu, devaient en être exclus, mais on y retrouverait les amusements moraux, les exercices intelligents et gracieux qui naguère signalaient ces réunions chez la dixième muse, ainsi que les poètes la qualifiaient.

Cette nouvelle causa d'abord une grande surprise. Depuis la mort de la reine Claudine, celle du duc d'Alençon et la captivité du roi, il ne s'était tenu au Louvre d'autres assemblées que les audiences glaciales et attristées de la régente.