Lorsque la princesse la reposa sur la table, il passa sa manche sur son front, comme un homme qui vient d'accomplir un rude labeur; il poussa un soupir pareil à un gémissement, et commença à grimacer un sourire hébété, qui se termina par un frémissement de tous les muscles de sa face.

Son œil halluciné par la persistance de sa contemplation, et son imagination enfiévrée lui montraient la princesse changeant de couleur et blêmissant sous son fard.

Parfois, il croyait la voir pâmée entre les bras de ses serviteurs; le moindre de ses mouvements lui procurait des angoisses étranges. Un observateur superstitieux eût certainement pensé que le bouffon croyait sa destinée attachée à celle de la sœur du roi.

Il trépignait d'impatience, se tordait d'inquiétude, roulait des yeux hagards; véritablement, ce soir-là, il était fou.

Il y avait des instants où les oreilles lui tintaient, le choc des gobelets devenait pour lui un grincement lugubre; les éclats de gaieté, des cris de menaces sardoniques. Alors, il se prenait les tempes à deux mains et cherchait à appuyer son front sur le bord froid du marbre du dressoir, pour se calmer par cette sensation.

Enfin, ce supplice eut un terme.

Il était neuf heures, la princesse se pencha vers sa mère, lui dit un mot, et la régente se levant, ce fut le signal de la retraite.

Les deux princesses s'embrassèrent, Louise de Savoie fit signe à sa favorite, la petite d'Heilly, de s'approcher et de l'accompagner; Marguerite de Valois envoya un sourire d'adieu à ses invités, et prenant le bras de mademoiselle de Tournon, regagna sa chambre.

Triboulet eut une impulsion involontaire, comme s'il allait s'élancer sur sa trace; son gros torse s'agita sur ses frêles fuseaux incrustés dans le plancher, ses bras suivirent le mouvement de son torse, il baissait déjà la tête à l'exemple du bélier qui donne en avant contre l'obstacle de son chemin; Michel Gerbier, l'intendant, l'échanson, se trouva devant lui, et son aspect le fit reculer jusqu'au fond de l'angle discret qu'il commençait à fuir.

Le père nourricier de la princesse Marguerite n'offrait pourtant rien de terrible. La paix, le contentement régnaient sur son excellente figure, sa démarche était à l'avenant, celle d'un majordome qui se réjouit du succès d'une fête dont il avait la responsabilité.