Triboulet eut un dernier tressaillement machinal, et Michel Gerbier lui jetant un regard désespéré, s'élança à travers les galeries vers la chambre de la princesse.

XXII
SUR LA GRÈVE.

Qu'avait donc comploté et que savait donc Triboulet, ce séide assidu d'Antoine Duprat?

D'abord, son flair diabolique l'avait mis sur la voie des projets désespérés de la princesse; il n'avait pas été une minute dupe de la joie factice qui lui faisait donner une fête. Mais s'il voyait clairement que cette fête n'avait pour but que d'égarer l'attention, il ne se doutait pas des tortures qu'elle imposait à la pauvre Marguerite.

Triboulet valait mieux que Duprat.

Rien au monde n'était capable de détourner celui-ci d'un mauvais dessein. La vie de ses adversaires, le bonheur de ses ennemis étaient de faibles hochets qu'il brisait sans plus de scrupules qu'un enfant brise ses jouets.

Le bouffon, au milieu de ses penchants détestables, n'était pas aussi absolu, et quelquefois une bonne pensée surgissait parmi ses pires entraînements.

Il était possédé d'une passion insensée pour la même femme que son patron; mais on a vu déjà que, loin de prétendre comme celui-ci, à la réciprocité de sa tendresse, il se rendait justice et fût devenu, au prix de la plus légère faveur, son esclave dévoué.

Ses mépris, ses dédains avaient exaspéré son humeur; renonçant à la flétrir, il l'avait traquée pour la réduire au désespoir, pour perdre le rival heureux dont il enviait jusqu'à la captivité.