—Je pense, sire, riposta le bouffon, que ces messieurs parlent à merveille; seulement, ils oublient le plus important.

—Oui-da! et c'est, à votre avis?...

—C'est le moyen de sortir dont personne ne parle.

Triboulet avait en cette circonstance le don de prophétie. Le roi devait passer par la captivité avant de revenir, et c'était évidemment aussi en se rappelant la déloyauté de Charles-Quint, que, plus tard, le bouffon, moins fort sur les lois de la chevalerie que sur celles des représailles, donnait son opinion au roi.

Charles-Quint demandait alors à passer par la France, pour aller plus vite châtier ses sujets flamands révoltés, et François Ier, avant de lui répondre, prenait l'avis de son fou.

—Si l'empereur, dit celui-ci, exécute ce beau dessein, et s'avise de mettre le pied sur le territoire d'un souverain qu'il a si odieusement maltraité, je lui donne mon bonnet de fou.

—Et si je le laisse passer sans obstacle?

—Oh! alors, sire, je lui reprends mon bonnet et vous en fais cadeau.

Ces anecdotes prouvent qu'avant comme après la mésaventure de son maître, Triboulet appréciait à sa valeur son ennemi. Mais revenons au départ de la sœur du roi.

Il était donc sage de ne pas s'aventurer sur les domaines de ce monarque sans générosité. Marguerite le savait et ne le tenta pas. Mis en demeure de lui envoyer ou de lui refuser un sauf-conduit pour visiter son frère, il se vit, sous peine d'assumer aux yeux du monde un odieux vernis, contraint de le lui accorder. Mais il prit soin d'y fixer une durée de quelques jour. (Voyez Anquetil.)