En cette circonstance mémorable, Marguerite de Valois en fournit une éclatante preuve. Ni la fatigue, ni les ennuis, ni les privations d'une si longue course à travers des provinces hostiles ou à demi-sauvages, par des chemins qu'il fallait créer, avec des étapes de périls et de dénûment, rien ne la rebuta, rien ne lui arracha une plainte pour ses propres souffrances.

Si elle exhala quelques paroles de ce genre, ce fut pour compatir à la mauvaise étoile de ses compagnons, de sa chère Hélène et de ses gens, qu'elle dédommageait ainsi amplement des incidents fâcheux de l'expédition.

—Ne nous affligeons pas, ne nous désespérons pas, répétait-elle à chaque mésaventure, nous sommes encore favorisés de notre sire Dieu, car nous possédons notre liberté, et notre seigneur et roi se consume dans les fers!

Ce fut ainsi, en relevant le moral de sa petite escouade, en se jouant des obstacles, qu'elle atteignit la frontière.

Les Pyrénées, fort arides encore aujourd'hui, étaient à cette époque une région entièrement sauvage, très peu et très mal hantée, ce qui n'eût pas été un obstacle pour l'intrépide voyageuse. Mais elle dut s'arrêter avant de les franchir, par une autre raison.

La sœur de François était une femme trop supérieure en toute espèce de choses, notamment en politique, pour ne pas se tenir en garde contre la duplicité de l'empereur Charles-Quint.

Ce n'était pas tout d'entrer en Espagne, il fallait être sûr d'en sortir, et, de l'humeur dont on connaissait le monarque espagnol, d'après sa conduite envers François Ier, qu'il continuait d'appeler son frère, il était à craindre qu'il ne mît en avant le premier subterfuge venu, pour retenir également la duchesse d'Alençon, et réunir dans la même captivité le frère et la sœur. L'histoire nous prouve que cette appréhension, si injurieuse qu'on la trouve, était loin d'être chimérique.

François Ier n'y regardait pas d'aussi près que sa sœur, malheureusement pour lui, car il eût alors évité plus d'une mauvaise affaire, celle d'Italie, par exemple, à laquelle il devait ses mésaventures actuelles.

C'est ici le cas de rappeler, en jetant un regard un peu rétrospectif, que lorsqu'il était question au Louvre d'entreprendre cette campagne, on tenait de grands conseils chez le roi, et chacun cherchait le moyen de s'ouvrir passage dans la Péninsule. Les généraux présentaient chacun le leur, en sorte qu'on passa bientôt de cet embarras à celui du choix. Triboulet s'était glissé dans une de ces réunions, et se montrait fort grave.

—Foi de gentilhomme! s'écria le roi, nous voilà bien empêchés, messieurs, entre tant d'excellents avis; il n'y a que Triboulet qui puisse trancher la difficulté. Ça donc, maître fou, que pensez-vous sur tout cela?