Charles-Quint ordonna pour elle des fêtes splendides, telles que les comportaient alors les mœurs castillanes; ce furent des carrousels, dont elle était la reine, des processions fastueuses à travers la capitale, des représentations scéniques, dans lesquelles nos voisins se montraient d'un goût et d'une habileté supérieurs aux nôtres. Puis, vinrent les combats de taureaux, où l'on convoquait les torreros les plus renommés et dans lesquels une population immense venait, moins pour l'attrait de ces spectacles nationaux, que pour admirer la perle de la France.

Charles, enfin, par une courtoisie sans précédent, voulut faire à la sœur de son captif les honneurs de ses principaux sitios, c'est-à-dire de ces résidences féeriques consacrées, aux alentours de Madrid, au repos, aux plaisirs des monarques espagnols.

Mais une marque de déférence qui dépassa toutes les autres, et qui mit le comble à l'estime conçue par les courtisans pour Marguerite, fut l'entrevue accordée par l'empereur à François Ier.

Par une succession de subterfuges et d'excuses de mauvais aloi, le fier et implacable vainqueur avait toujours, nous croyons l'avoir dit, ajourné cette démarche. François Ier, roi et gentilhomme aussi, en dépit de ses revers, avait cessé de renouveler une demande qui n'aboutissait qu'à des attermoiements, devenus blessants par leur persistance.

Ce fut dans une promenade à Aranjuez, la splendide résidence des rois, que Marguerite obtint cette faveur. Charles se plaisait à lui montrer les attraits de ce palais, le parc qui l'entoure, et où, par une exception, sous ce dévorant soleil de la Péninsule, on trouve à chaque pas des bosquets, des berceaux partout, de l'ombrage à toutes les heures.

Le Tage et la Xarama baignent ses murs, et lui font une ceinture de leurs eaux transparentes; on peut suivre leur cours sur un rivage verdoyant qu'ils quittent à regret pour s'enfoncer dans les terrains crayeux et arides du reste du pays.

Marguerite, amazone hardie, marchait de concert avec son hôte deux fois couronné, au fond de la vallée qu'on nomme Calle de la Reyna, la perfection de ce paradis terrestre.

L'empereur s'efforçait de lui en détailler les aspects ravissants; auprès de la muse du Louvre, il devenait en quelque sorte poète; mais, à son extrême surprise, elle ne lui répondait que par monosyllabes, et son beau front obscurci s'inclinait sur le chemin.

—De grâce, demanda le conquérant, devenu cicérone par galanterie, parlez, Altesse, quelle souffrance vous tourmente, quelle peine vous absorbe, au point de passer, indifférente, au milieu de ces merveilles?

—Pardonnez-moi, Majesté, répondit-elle en soupirant; je dois vous paraître bien ingrate; je réponds mal à la bienveillance dont vous daignez me combler; c'est qu'il est en moi un chagrin que votre bonté même rend plus cruel.