Le conquérant parut flatté d'entendre ce titre de Majesté, qu'il fut le premier des souverains d'Europe à prendre, confirmé par cette charmante bouche.
—Un chagrin... ici! se récria-t-il, dans mon royaume, au milieu de ma cour!... Je ne saurais le souffrir; et s'il est en mon pouvoir de vous consoler, j'atteste Notre-Dame d'Atocha que j'en userai à l'instant.
—Parole d'empereur?
—Je vous la renouvelle!... Parlez donc, Altesse.
—Je suis bien téméraire et bien insatiable, senor, car je ne me contente pas du bonheur inespéré qui m'arrive, je souhaiterais en faire rejaillir quelques rayons sur autrui.
Charles devint plus grave; la princesse affecta de ne pas s'en apercevoir, et poursuivit:
—Une pensée douloureuse a traversé mon âme, en me trouvant à la droite de Votre Majesté, en me reconnaissant l'objet de ses discours les plus gracieux, c'est qu'il y a, non loin de moi, à Madrid, un autre moi-même qui ne prend aucune part à ces joies; qui se consume et se meurt de langueur, tandis que je nage dans les distractions, dans les honneurs.
Charles fronça imperceptiblement ce sourcil qui, comme Jupiter, ébranlait le monde. La princesse ne se laissa pas décourager, et, puisant sa fermeté et son éloquence dans les grandes résolutions qui la dominaient, elle le désarma de ses regards les plus séduisants, de ses sourires les plus irrésistibles.
—Senor, vous êtes le soleil, l'astre vivifiant de cet empire; votre ennemi, vaincu, se désespère dans l'ombre; que vos rayons pénètrent jusqu'à lui!... Vous l'appeliez votre frère, autrefois; oubliez les jours de discorde, souvenez-vous seulement de ceux de l'union. Vous m'avez donné votre serment, mais je ne m'adresse qu'à votre grand cœur: rendez une visite au roi de France.
Nous ne saurions dire au juste quelles pensées, quelles prévisions traversèrent l'esprit de Charles-Quint; répondant par un sourire à son interlocutrice: