—Je suis le souverain ici, dit-il, mais vous êtes la souveraine.

Et, se retournant vers les caballeros qui venaient, à quelques pas en arrière, il leur fit signe d'avancer:

—Senores, leur dit-il, nous vous invitons à venir avec nous, dès notre rentrée dans notre ville royale de Madrid, rendre visite à notre frère de France, François Ier.

—Seigneur, prononça Marguerite, vous êtes un héros!

La joie l'avait emportée un peu loin, mais l'épithète ne déplut pas.

—Je voudrais le devenir du moins, très gracieuse dame, pour justifier vos éloges, et vous retenir à cette cour transformée par vos charmes.

Sur ce terrain et dans ce coin enchanté de l'Espagne, l'entretien pouvait se prolonger en termes encourageants. Les seigneurs du cortège, tenus à une distance respectueuse par leur rigoureuse étiquette, ne saisissaient que quelques mots, mais c'en était assez pour autoriser bien des conjectures.

Nous n'avons pas besoin d'expliquer la plus accréditée; chacun connaissait les précédentes négociations tendant à un mariage entre la princesse Marguerite et l'empereur encore simple archiduc. Les événements politiques avaient porté l'un et l'autre à des unions différentes, mais le veuvage les rendait également libres, et l'on n'ignorait pas non plus l'existence du projet de traité offert par la régente de France et entravé par Duprat.

Aux yeux des plus fins diplomates, la présence de Marguerite de Valois n'avait pour but que la conclusion de cet arrangement, et la courtoisie de l'empereur vis-à-vis d'elle devenait un symptôme significatif.

De ce moment, les hommages redoublèrent; ce fut à qui renchérirait sur les égards du souverain pour la traiter en reine.