—Que Votre Éminence daigne me mettre en présence de plusieurs jeunes filles, je lui indiquerai la plus propre à recevoir l'impression extatique, et les faits expliqueront ce que mes paroles peuvent avoir d'obscur.

—Une jeune fille? répéta Richelieu; mais on n'en manque pas dans ce palais. Chacune des deux reines en a un essaim autour d'elle. Il s'agit seulement de vous faire choisir la mieux disposée pour votre expérience.

—Rien de plus aisé, intervint le père Joseph; que Votre Éminence et frère Jean veuillent bien m'accompagner.

—Conduisez-nous, dit Richelieu, qui s'appliquait à ne pas trahir l'importance qu'il attachait à cette épreuve.

Et il se mit à marcher après le franciscain, suivi lui-même par frère Jean.

Parvenus au premier étage du palais, le père Joseph ouvrit un petit salon voisin de la grande galerie, et, comme elle, désert en ce moment.

La croisée donnait sur le parterre de la reine-mère; jardinet assez modeste, mais que les limites forcées du Louvre ne permettaient pas d'agrandir d'un pouce, et dont le bon entretien rachetait l'exiguïté.

Deux jeunes filles se promenaient, amicalement enlacées, dans l'allée principale.

C'était un tableau ravissant. L'aînée n'avait pas vingt ans; elle était svelte, châtain et rose. Son costume, plus gracieux que recherché, dessinait ses formes virginales, et, dans son abandon même, laissait pressentir d'adorables trésors.

Sa compagne, un peu plus petite et un peu plus jeune encore, était mise avec une égale simplicité. Elle était blonde comme un épis de blé à peine mûr, blanche comme une de ces belles roses dont un incarnat diaphane irise les pétales.