Le maître peintre, retenu au Luxembourg, n'y était pas venu ce jour-là. Il ne s'y trouvait pour l'heure qu'un de ses élèves.

Une vraie et belle physionomie d'artiste: vingt-quatre ans, la taille haute et pleine, les cheveux et les yeux noirs; les uns soyeux et bouclés sans art, les derniers doux parfois, intelligents toujours, brillants d'inspiration à l'occasion.

Son maintien sérieux indiquait une gravité précoce; sur son front élargi, on lisait une conscience droite, et dans ses contours harmonieux une invariable bienveillance et la modestie du talent.

Nous ne faisons pas un portrait de fantaisie; l'image de ce jeune homme, qui va devenir le héros principal de notre récit, se trouve dans nos musées, et nous nous bornons, quant à ses qualités physiques et morales, à copier le chroniqueur Félibien.

Ami de Poussin, qui entrait comme lui dans la carrière, il était le premier, le plus habile élève de Duchesne, sous lequel il travaillait depuis bientôt cinq ans.

Il était né dans les Flandres, à Bruxelles, et après avoir eu pour maître Feuquières, le paysagiste, il était venu, vers l'âge de dix-neuf ans, se perfectionner en France, où, sans abandonner entièrement la spécialité de son premier professeur, il se livrait volontiers à l'histoire et au portrait.

Son premier protecteur avait été messire Maugis, abbé de Saint-Ambroise, intendant des bâtiments de Marie de Médicis, homme capable, et qui avait, dans les ébauches de l'élève, deviné le grand artiste.

Son œuvre actuelle était une nymphe commandée pour le Luxembourg.

L'ébauche était finie, les détails commencés. Les mains et les pieds se détachaient déjà avec une perfection rare, car ce devait être un des premiers mérites de ce maître à venir.

Cependant, au moment d'achever la main droite, négligemment posée sur une branche d'arbre, tandis que la gauche retenait les plis d'une écharpe emportée par le vent, il s'était arrêté pris d'embarras et d'hésitation.