—Mon talent!... mon père! le talent d'un élève, d'un écolier!... c'est un trop beau mot pour une si mince affaire.
—Non pas, non pas, fit-il, patelin et insinuant; encore quelques efforts, et vous figurerez au rang des maîtres...
—Vous allez me rendre honteux de mon insuffisance.
—Mon jeune ami, l'excès de modestie est un mal aussi dangereux que l'excès de vanité; vous n'êtes pas entaché de celui-ci, mais défiez-vous de celui-là. Je ne suis qu'un humble capucin, peu expert en beaux-arts, mais la voix publique, qui s'y connaît davantage, s'exprime avec éloge sur votre compte. J'ai admiré ce paysage que vous donnâtes dernièrement à votre ami Nicolas Poussin, et j'ai entendu, à ce propos, quelqu'un dire, à mes oreilles, qu'il ne vous manquait pour vous perfectionner qu'un séjour de quelques années en Italie.
Le paysage offert par l'artiste à son collègue le Poussin était, en effet, une œuvre si remarquable, qu'elle est restée célèbre, et figure parmi les événements de sa carrière, quoiqu'il fût bien jeune lorsqu'il l'exécuta.
Que cette toile eût été distinguée par les connaisseurs, il n'y avait là rien que de naturel; ce qui l'était moins, c'était cette longue conférence du conseiller intime de Richelieu avec ce pauvre petit peintre auquel il n'avait daigné adresser, en toute sa vie le quart des phrases élogieuses qu'il lui prodiguait en ce moment.
Le jeune homme, avec sa franchise innée, ne put s'empêcher de lui en témoigner sa surprise:
—Vous me rendez confus, mon père, et de la part d'une personne telle que vous, occupée d'intérêts si hauts, conseiller d'un premier ministre et d'un roi, cette bienveillance...
—Vous étonne?
—C'est vrai; je crains qu'étant venu ici pour rencontrer maître Duchesne, vous ne songiez à passer le temps...