—En me raillant de son élève!... Non, certes, fit très gravement le capucin. C'était bien vous, monsieur Philippe de Champaigne, que je tenais à voir.

—En ce cas, mon père, daignez m'expliquer le motif...

—Je viens de vous en toucher un mot. Je ne suis que le dernier des serviteurs de Son Éminence, et mon devoir est de me conformer en tout à ses intentions...

—Son Éminence me connaît!... exclama l'artiste avec plus d'anxiété que de désir.

Il est présumable qu'élève du peintre de Marie de Médicis, accueilli par la bonté de cette princesse, appartenant par ce côté à sa maison, le jeune Philippe de Champaigne partageait jusqu'à un certain point les idées de sa protectrice pour le cardinal, et craignait tout ce qui venait de lui, fût-ce l'apparence d'un bienfait.

Le franciscain, diplomate incarné, possédait surtout le talent de rendre sa physionomie muette, ou de ne lui faire dire que ce qu'il voulait. La gêne et la méfiance de son interlocuteur n'y produisirent aucune altération.

—Je n'ai pas dit précisément, répondit-il, que monseigneur vous connût, mais que son intention étant de protéger les jeunes talents, je tiens à m'y conformer, en vous aidant en une entreprise chère à tous ceux de votre art.

—Le voyage d'Italie?... fit le jeune homme en le considérant avec une sorte d'émoi.

Le rusé franciscain affecta de se méprendre sur ce sentiment, et de son sourire le plus paternel:

—Vous l'avez dit, le voyage d'Italie!