Effrayé lui-même de son audace, il abandonna la poignée et se recula.

Le fantôme oscilla d'abord, mais non comme une créature vivante;—c'était le mouvement d'une statue ébranlée sur son socle, et qui s'agite tout d'une pièce.

Ce ne fut, au reste, que l'affaire d'une seconde. Il reprit son aplomb, et le seul bruit que l'on entendit fut celui du stylet retombant sur le pavé de la cour.

Les Suisses n'en attendirent pas davantage, ils regagnèrent avec épouvante leur corps de garde, où l'officier les suivit, sous l'impression de cette main sépulcrale qui avait glacé la sienne.

Ils passèrent le reste de la nuit en oraisons, craignant, s'ils s'endormaient, les mauvais rêves.

Dès que le jour pénétra dans la chambrée, ils se mirent sur la piste parcourue la nuit et retrouvèrent le stylet à l'endroit où s'était passée la scène étrange et rapide qu'ils eussent voulu considérer comme une hallucination du sommeil ou de l'ivresse.

Le sergent affirmait avoir frappé fort, et avoir senti le fer s'enfoncer dans la chair; et cependant la lame était intacte, aucune gouttelette de sang n'en avait altéré le poli, et pas une des dalles n'en portait trace.

C'était à confondre, et tous étaient confondus.

Mais le jour, en calmant l'effroi, amena un autre sentiment. Le capitaine de service allait venir passer sa ronde, chercher ses informations. Fallait-il lui révéler ce qui avait eu lieu? Un poste de soldats d'élite frappé de vertige, battu par un spectre?...