—Nous connaissons ces grands mots, j'en suis assailli à la journée. Mais cette gratitude, ce dévouement à la reine-mère vous obligeaient-ils à travailler contre moi?

—Contre vous, monseigneur?

—Oh! vous êtes aussi fort sur la dissimulation que sur le reste, nous savons cela. Malheureusement, vous ne me trompez plus... Connaissez-vous ceci...?

Il déroula l'un des papiers, et le lui mit sous les yeux.

C'était une caricature sanglante, qui courait tout Paris, sous le manteau, avec un formidable succès[13].

Elle représentait le cardinal et Satan se donnant la main, et se disant réciproquement: Nihil sine te (rien sans toi).

Une heure auparavant, Richelieu, entrant chez la reine Anne d'Autriche pour lui faire sa cour, avait vu toutes les dames se détourner pour rire à sa vue, et son regard avait surpris aux mains de la princesse un exemplaire de l'odieuse planche.

Pour un homme d'État tel que lui, le ridicule était la plus amère comme la plus redoutable des hostilités.

Ses espions lui avaient déjà transmis des indices sur l'existence de cette estampe, mais sans parvenir à se la procurer. En la voyant chez la reine, et en reconnaissant l'effet qu'elle produisait, il était rentré chez lui dans une colère qui avait fait trembler tout son entourage.

C'est alors qu'il avait reçu, par un envoyeur mystérieux, l'exemplaire qu'il présentait à Philippe de Champaigne.