Or, la duchesse, qui trouvait très simple et très désirable qu'une fille d'honneur de la reine devînt la maîtresse du roi, était cependant l'amie de Louise et de Philippe; de plus, elle avait la première deviné leur affection naissante.
Mais elle ne s'était jamais piquée, pour son compte, d'une fidélité éternelle. Châteauneuf avait succédé dans ses faveurs au duc de Lorraine, à Buckingham et au comte de Hollande. Elle pensait que toutes les femmes étaient façonnées à son image, qu'il fallait aimer son amant présent, comme si l'on ne devait jamais le quitter, et qu'il était bon de le quitter dès qu'on s'apercevait qu'on ne pourrait l'aimer toujours.
Elle se représentait, d'ailleurs, une union sérieuse entre Louise et le jeune peintre comme irréalisable, et se persuadait de très bonne foi que c'était rendre service à l'un et à l'autre d'élever entre eux des obstacles adroits, moins pénibles qu'une séparation brutale.
Elle les aimait de très franche amitié en leur dressant ces embûches, et s'il lui en revenait quelques scrupules, elle rassurait sa conscience par la conviction où elle se plaisait qu'elle asseyait la fortune de Louise et qu'elle faisait le bonheur de Philippe en le forçant à se déclarer pour Henriette.
Duchesne n'avait jamais soupçonné la sympathie de sa fille.
Se doutant bien de la répugnance qu'elle rencontrerait chez Lafayette si elle l'engageait elle-même à s'adoucir vis-à-vis du roi, elle avait donc eu cette idée profonde de l'y faire pousser par Philippe lui-même.
Le lecteur sait les hésitations et la défiance innée qu'avaient inspirées à notre héros les ouvertures de M. de Jars dans ce sens.
On serait tenté de croire, maintenant, que les événements qui se succèdent d'une façon si imprévue devaient amener la ruine de ces plans de la duchesse, l'exil de de Jars, l'emprisonnement de Philippe, la certitude où était le cardinal des manœuvres ourdies chez la reine-mère, et enfin l'incident de la caricature, qui allait se rendre implacable contre ses ennemis, tout venait à l'encontre de ceux-ci.