Eh bien, tous ces faits, ou du moins l'un d'eux, contribuèrent au résultat souhaité, tant les choses d'ici-bas s'enchevêtrent souvent en dépit de la prévision des plus habiles!
Duchesne, qui n'avait jamais soupçonné la sympathie de sa fille pour son élève, ne tarda pas à en être instruit par un message qui vint le trouver au milieu de ses travaux du Luxembourg.
Ce message n'était point signé, mais le porteur était autorisé à faire connaître le nom de celui qui l'envoyait: on apprendra sans étonnement que c'était le père Joseph.
Depuis quelque temps il s'entendait trop bien avec le peintre de la reine-mère pour ne pas lui rendre ce bon office.
Il le prévenait donc, comme sa conscience lui en imposait le devoir, que la jeune Henriette paraissait éprise d'une folle et coupable passion pour cet élève, qui s'était, par son orgueil et son ingratitude, rendu indigne de son maître.
Puis, un triomphant post-scriptum rassurait les craintes que cette découverte lui pourrait inspirer, en lui annonçant que le séjour du Louvre était devenu sans inconvénients pour la jeune fille, vu l'incarcération de l'amoureux.
Duchesne, atterré par le premier avis, respira à celui-ci; mais il n'en accourut pas moins au palais, où il eut avec sa fille une querelle violente, dans laquelle il finit par la menacer de l'enfermer dans un couvent si elle s'avisait de manifester la moindre attention pour ce misérable barbouilleur qui déshonorait son école.
Henriette soutint le choc plus bravement que sa timidité et son innocence ne permettaient de l'espérer. A chaque menace elle se réclama de l'amitié de la reine-mère, qui ne permettrait pas qu'on la persécutât.
C'était le meilleur argument vis-à-vis de Duchesne, qui devait tout à Marie de Médicis et n'osait encore rompre vis-à-vis d'elle.
Mais il résulta surtout ceci de particulier de cette explication, que ce fut par elle que Henriette apprit l'arrestation de Philippe.