Anne d'Autriche causait, entourée de quelques dames, au nombre desquelles se faisait remarquer sa favorite, la duchesse de Chevreuse, qui cherchait par une gaieté factice à narguer le cardinal et à lui donner le change sur ses anxiétés mortelles.

Quelques seigneurs jouaient silencieusement; divers personnages allaient et venaient, et le roi, qui aimait assez à s'affranchir de la raideur de l'étiquette en ces circonstances de famille, avait quitté une partie avec Bassompierre et Roquelaure pour faire un tour dans la galerie.

On savait qu'alors il n'aimait pas à être entouré, et l'on s'abstenait de le suivre.

Soit hasard, soit préméditation, il se rencontra, vers l'un des points les plus isolés, avec mademoiselle de Lafayette.

Elle était venue décidée à faire un effort sur elle-même et à rendre au monarque le sourire dont il ne manquait pas de la saluer chaque fois qu'il la voyait, mais auquel d'ordinaire elle se dérobait sous une vive rougeur.

Innocente et pure comme elle était, ses visées étaient loin d'aller aussi avant que celles de la duchesse. Si elle eût compris à quoi on prétendait la pousser, elle eût reculé du premier coup plutôt que de sauver Philippe par un sacrifice indigne de lui.

Mais la réputation immaculée de Louis XIII était de nature à rassurer la plus craintive. Il ne s'agissait d'user envers lui que d'une coquetterie innocente; de lui accorder, non pas des faveurs, mais des semblants de faveurs. Un mot, un regard étaient suffisants pour le charmer; avec un serrement de main, elle était sûre de l'affoler[15].

Ne racontait-on point tout bas que la reine ayant reçu un jour un billet, l'attacha à la tapisserie de sa chambre, afin de ne pas oublier d'y répondre. Mais le roi, auquel elle voulait en laisser ignorer le contenu, étant entré et ayant souhaité le lire, Anne d'Autriche fit signe à mademoiselle d'Hautefort, qui se trouvait là, de le prendre et de le cacher. Le roi voulut le lui ôter, et ils se débattirent assez longtemps en badinant, jusqu'à ce que, se voyant sur le point d'être vaincue, la demoiselle d'honneur mit vivement le papier dans son sein. Le jeu cessa aussitôt, le roi n'ayant osé poursuivre le billet jusque-là.

Les idées de la duchesse pouvaient donc aller fort loin; il était permis à Louise, vis-à-vis d'un adorateur de cet acabit, de réussir sans perdre sa dignité.

Ainsi, elle était venue bien décidée à se rendre le roi favorable, pour l'amener à la grâce qu'elle souhaitait, et cependant, quand elle le rencontra, le courage faillit lui manquer, elle se troubla et laissa choir sur le tapis un bouquet de roses printanières qu'elle tenait à la main.